Droit chemin et hors des sentiers battus

De la copie à l’original
mardi 2 août 2011
par  Jean-François Doucet
popularité : 24%

En promenant son chien Georges de Mestral, a constaté que les fleurs de bardanes s’agrippaient à la pelure de l’animal ou à ses propres vêtements. Tout autre que lui serait resté sur les sentiers battus au double sens du terme, là où son chien avait frôlé les fleurs et dans la droite ligne de ceux qui considèrent que ces "teignes" ne sont que moments d’irritation : cet épisode, justement, stimulait son imagination en lui faisant penser à d’autres situations où l’adhésion temporaire d’un objet sur une surface est recherchée. Cette excursion " hors des sentiers battus " conduisait à l’invention du Velcro. Peut-on généraliser à partir de cet exemple ? Certainement si l’on considère la reproduction des connaissances lors des examens d’élève comme l’exemple type de sentiers battus (où la sécurité du connu est préférée) aux risques de l’inconnu.

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Promenade de chiens
L’invention du "Velcro" tient à la promenade de George de Mestral sur un chemin bordé de fleur de bardane.

Droit chemin : reproduction des connaissances

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Une salle d’examen en faculté
Il s’agit de reproduire des connaissances ou de montrer leur compréhension

Lorsque les étudiants entrent en classe d’examen, ils se dépouillent de tout ce qui pourrait les aider à répondre aux questions du maître. Ils alignent cartables, sacoches et sacs à mains contre le mur, éteignent leur téléphone portable. Les sujets d’examens peuvent alors leur être distribué. Ils ne recoivent dès cet instant plus d’autres informations que la question posée. Ils répondent alors aux interrogations du maître à l’aide ce qu’ils ont appris lors de la préparation à l’examen. Que le maître leur demande de fournir la preuve qu’ils ont bien compris son enseignement ou qu’il soit exigé d’eux de reproduire les connaissances qu’ils ont mémorisées, le schéma de l’examen, est le suivant :

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Un examen demande à l’élève de reproduire des connaissances ou de montrer qu’il les maîtrise

L’évaluation consiste alors à confronter les connaissances consignées dans la copie au corpus de connaissances dont le maître représente une interprétation.

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Examen des connaissances acquises
Après l’examen, les connaissances sont évaluées par comparaison avec le corpus de connaissances de l’examen

Hors des sentiers battus : le schéma de la marelle.

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Marelle
Au jeu de la marelle, on saute d’un pied sur l’autre de la Terre au Ciel

Les quatre phases ( Préparation, incubation, illumination et vérification ) du processus créatif, ont été décrites par Graham Wallas dès 1926 [1]. Il intervient lorsque l’air du temps a formulé une question ( comme le maître énonce un sujet d’examen) et que certains créateurs en atelier ou laboratoire (comme en salle d’examen) se proposent à donner une réponse (comme les élèves consignent leurs connaissances dans une copie). Il aboutit alors à une création selon le schéma" de la marelle" :

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Hors des sentiers battus
Le "Schéma de la marelle " montre le cheminement "hors des sentiers battus"

La différence essentielle entre ces 2 cheminements apparaît alors clairement : la prédominance de la norme, des préjugés, idées admises et expériences passées ou traditionnelles pour atteindre des objectifs déterminés s’accompagne d’une évaluation selon des critères supposés intangibles. La nécessité d’avoir recours à l’imagination [2] pour affronter l’inconnu invite au contraire à s’abtenir de toute évaluation. Dans ces conditions, si la reproduction de connaissances à partir d’un corpus est cyclique comme la boucle rétroactive d’un automatisme, la production de connaissances nouvelles s’extrait de ce cycle stérile lorsque le discours vient du balayage de l’imagination par le langage.

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Hors des sentiers battus
Hors des sentiers battus l’inconnu montre son visage

Sur quel pied danser ?

Cette distinction entre les 2 approches, l’une rationnelle et objective et l’autre inspirée par l’intuition n’est utile que pour la clareté de l’exposé. Dans les faits, aucune démarche n’est purement rationnelle ni purement intuitive, correspondant à la subjectivité ou à l’objectivité du sujet. Soumis aux contraintes linguistiques pour décrire la perception de sa réalité, il ne peut, en toute rigueur laisser libre cours à son imagination. C’est, comme le représente le schéma ci-dessus, la suspension de l’évaluation qui décide de la proportion de subjectivité dans la démarche rationnelle ou de l’objectivité du cheminement de l’intuition. Au cours du processus, les mots vifs du sujet s’émoussent sur l’objet : c’est le "flou artistique" qui, dans le fleuve du langage décante ses alluvions à l’insu même du chercheur, artiste ou inventeur.
Une fois le sentier exploré, validé par sa fréquentation, il devient alors sentier battu, puis droit chemin : Georges de Mestral, une fois imaginé le Velcro a répandu son invention devenue habituelle [3]. A son tour, devenu "droit chemin" le Velcro a inspiré des recherches "hors des sentiers battus " en gardant le principe adhésif des poils de fleur de bardane.


Du connu sûr et certain, l’imagination permet de s’élancer vers l’inconnu à tout le moins risqué. Sous la houlette de l’imaginaire, artistes, savants et inventeurs font un détour fécond "hors des sentiers battus". De ce fait, ils sortent poétiquement du "droit chemin " pour serpenter à la recherche de la nouveauté. Validée par une communauté, elle est la clef de leur le retour sur terre dans le droit chemin en terrain conquis


[1 Son modèle décrit dans" Art of Thought " est voisin des processus connus des religieux mystiques

[2D’un point de vue lacanien ( Voir Schéma L), la situation analytique a pour but de faire passer l’analysant d’une parole vide à une parole pleine (figurée par l’axe du sujet de l’inconscient au grand Autre, une sorte de trésor des signifiants). Le processus créatif, de ce point de vue, ne se soucie pas de ce passage mais utilise les ressources de la parole vide d’au moins 2 interlocuteurs (figurée par l’axe imaginaire) produisant une réalité fictive susceptible d’apporter une nouveauté

[3comme une métaphore usée


Commentaires

Logo de rosse
mardi 7 octobre 2014 à 06h58 - par  rosse

I use to take my dog whenever I go out in order to make him realize the outer world and to get an exposure with fellow beings. If not..They may find it difficult to interact with other breeds and even humans. It is the only way to make them friendly.

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