Le substrat biologique de la créativité

Peu à peu, le cerveau livre ses énigmes
lundi 29 juin 2009
par  Jean-François Doucet
popularité : 22%

L’imagerie cérébrale permet d’ établir certaines relations entre pensées et réactions physiologiques du cerveau. Compte-tenu des hypothèses faites sur le processus créatif, il est alors légitime de se demander où et comment les idées nous viennent en tête. Si de nombreuses zones d’ombres subsistent de nos jours, quelques précisions peuvent être apportées sur le substrat biologique supportant l’activité créatrice du cerveau.

Le cerveau encore "terra incognita"

Les développements rapides de l’imagerie cérébrale ont permis d’y voir un peu plus clair dans l’activité de quelques 100 milliards de neurones de notre cerveau. [1] Des aires cérébrales ont été délimitées par type d’activité : la théorie la plus connue [2] est celle des hémisphères droits ou gauches [3] aux fonctions bien spécialisées. [4] Cette théorie des 2 cerveaux est par ailleurs sujette à controverses. [5]

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Anatomie fonctionnelle du cerveau
Les fonctions du cerveau asymétique

L’hémisphère gauche serait celui de la pensée séquentielle très utilisée dans l’ analyse scientifique à forte composante logique et langagière (désignation, abstraction, lecture et écriture) tandis que celui de l’hémisphère droit serait le siège de la pensée non linéaire (synthèse), de la perception visuelle, spaciale et intuitive et de la connectivité [6]. Le support biologique de la jubilation esthétique [7] qui, émotionnellement, accompagne l’apparition des organisations signifiantes nouvelles, signe alors le passage de l’ activité cérébrale d’une hémisphère à l’autre et serait, pour ainsi dire, caractéristique de l’ activité asymétrique du cerveau.

Test : quel hemisphère préférez-vous ?

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Les différentes fonctions du cerveau
Les voix nerveuses du cerveau humain (Crédits : Réseau Amessi.org)

Les constituants élémentaires du cerveau : cellules gliales et neurones

Les neurones

Les connections entre neurones [8] suivant le postulat de Hebb [9] peuvent varier, [10]un neurone pouvant se lier à plusieurs autres ou plusieurs neurones se lier à un seul neurone. [11]

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Les cellules neuronales
Quelques fonctions des cellules neuronales

Les cellules gliales

Les cellules gliales jusqu’à 10 fois plus nombreuses que les neurones se reproduisent plus souvent qu’ eux par mitose, isolent les tissus nerveux, en constituent le squelette et, découverte récente, sont impliquées dans la transmission de l’influx nerveux. Elles seraient partie prenante dans la mémorisation et l’apprentissage des mammifères. Elles détecteraient et intègreraient le signal synaptique en libérant des substance actives [12].

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Cellules gliales
Les cellules gliales sont près de 10 fois plus nombreuses que les neurones


Les synapses

Les neurones forment un réseau inextricable de près de 100 000 milliards de points de jonction, les synapses. Souvent le cerveau est comparé à nosordinateurs : en réalité, la comparaison ne rend pas compte des différences essentielles : nos ordinateurs ne traitent que des codes même si l’intelligence artificielle ou l’ informatique permet d’établir des relations de sens entre ces codes. A la manière des informations stockées sur les mémoires d’ordinateurs, les réseaux de synapses se forment au fur et à mesure de nos perceptions. L’information ainsi stockée est récupérée par activation de ces réseaux
 [13]

Le relai synaptique

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Neurones et cellules gliales dans les synapses
Les cellules gliales ont une fonction importante dans la neurotransmission

Chaque synapse, noeud du réseau transmet d’un neurone à l’autre des ions controlés par des protéïnes. Mais dans une synapse chimique, les 2 neurones ne sont pas directement en contact : une fente subsiste entre les cellules qui contiennent les neurotransmetteurs dans de petites vésicules. Récemment, l’importance des cellules gliales a été démontrée : elles forment un environnement isolant chimiquement les synapses et sont, de ce fait, importantes pour la neurotransmission. Réciproquement, l’activité des neurones a un impact sur les cellules gliales (variation du taux de calcium) : neurones et cellules gliales interagissent pour former un tissus nerveux substrat de l’activité cérebrale.

La plasticité sélective synaptique

Au cours de la croissance, [14]les synapses varient en nombre et en fonction différenciant les différentes zones du réseau neuronal. Leur plasticité [15]
serait à l’origine de l’ apprentissage et de la mémorisation.

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Le tissus nerveux
Cellules gliales et neurones sont les constituants élémentaires du tissus nerveux

Jusqu’à une époque récente, il était admis que le nombre de neurones restait fixe au cours de la croissance. En fait, il semble bien que de nouveaux neurones à partir de cellules souches peuvent voir le jour dans un organisme adulte [16]

A l’insu du penseur

Les progrès réalisés dans la connaissance du fonctionnement du cerveau tendent à prouver que la conscience [17] n’ est que la partie émergée de l’iceberg de son activité. Bon nombre de neurones travaillent à l’insu du penseur comme le démontre les expérience de neurosciences qui mettent en évidence l’importance de l’inconscient dans la perception des images subliminales, des émotions, de l’apprentissage ou de la mémoire dans le comportement humain. [18]

Le cerveau pensant plie mais ne rompt pas

Au cours de l’évolution, la croissance du cerveau, en particulier du cortex préfrontal, a été proportionnellement plus grande chez les humains que chez les autres mammifères, y compris les primates. Or, planification et capacités d’abstraction sont généralement attribuées à cette région cérébrale. Est-ce à dire que la créativité humaine aurait son siège dans le néo-cortex préfrontal ? Sans qu’il soit possible dès à présent de conclure, tel ne semble pas être tout à fait le cas : les facultés mentales, en particulier la créativité, qui nous distinguent au moins partiellement des primates, auraient d’autres région du cortex pour origine. Elles seraient dues également à une plus grande connectivité entre le cortex préfrontal et le reste du cerveau.
De plus, le développement comparé du cerveau au cours de la croissance fait apparaître une immaturité des êtres humains par rapport aux animaux en particulier aux primates. Néotènes, les êtres humains sont moins performants pour des actions particulières génétiquement prédéterminées chez les animaux. En revanche, leur adaptabilité à leur environnement est certainement due à leur cerveau capable de négocier le futur à l’aide des mémorisations passées. Leur créativité, en particulier, selon D. Anzieu aurait pour origine une stimulation (ou une déprivation ) corporelle précoce de l’enfant. Une configuration neuronale doit bien y correspondre dans le cerveau. Mais, à l’évidence, cette sur-stimulation corporelle, à supposer que l’hypothèse de D. Anzieu puisse être validée, n’ est pas le seul substrat biologique de la créativité humaine.

A chaque hémisphère son axe ?

Si l’on retient que le cerveau gauche serait plutôt celui de la raison et le cerveau droit plutôt celui du désir, des passions et des affects, la créativité humaine telle qu’on peut l’observer dans toute les catégories sociale ferait appel aux deux hémisphères cérébraux où l’imagerie cérébrale à mis en évidence des zones de coordination des fonctions. Ainsi, lorsque les 2 hémisphères voient un gâteau sur une assiette, le cerveau gauche ferait une liaison avec la fourchette et une cuillère tandis que le cerveau droit sélectionnerait plutôt l’image d’un chapeau. Est-ce à dire, dans l’étude de la créativité humaine sous l’angle de la jubilation esthétique que chacun des hémisphères cérébraux travaille chacun sur leur axe ? Peut-on extrapoler à une alternance des hémisphère lors du processus créatif ? Rien ne vient prouver que l’hémisphère gauche correspond à l’axe syntagmatique lors des phases de préparation ou de vérification alors que l’ axe paradigmatique ferait intervenir le cerveau droit lors des phases de l’incubation et de l’illumination. Seul l’avancée des recherches pourrait confirmer cette simplification d’un processus pour le moins complexe.

Mots-clefs : Neurosciences, neurones, cortex préfrontal, hémisphères cérébraux, axe syntagmatique, axe paradigmatique

Bibliographie :

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Structure et mécanismes cérébraux de la créativité
Bibliographie sur les structures et mécanismes de la créativité
PDF - 701.4 ko
La Neuroimagerie aux Etats-Unis
Avancées et perspectives de la neuroimagerie aux Etats-Unis (Ambassade de France à Washington)

Cerveau droit et gauche

La Science face à la complexité du cerveau

La mémoire, nouvelles connaissances et pathologies

Cité des Sciences :

Neuroscience et psychanalyse
F. Ansermet,psychanalyste,
C. Malabou, philosophe,
J-P. Tassin
IMG/mp3/ansermet-malabou-tassin2605.mp3

Psychanalyse et Neuroscience


[1Ghislaine Dehaene distingue 3 groupes de méthodes :

1.-Imagerie anatomique (IRM traditionnelle et imagerie de diffusion),

2.-Imagerie fonctionnelle spatiale (Irmf,Tep)

3.-Imagerie fonctionnelle temporelle (electro et magneto encephalographie)

[2pas nécessairement la plus vraie et plausible avant d’être réfutée

[3en particulier grâce aux travaux de R Sperry, Prix Nobel de Médecine 1981

[4Bien que placés symétriquement de part et d’autre du cerveau, les hémisphères ne sont pas identiques, ni en volume ni en fonction. La zone de Broca, par exemple, dédiée principalement au langage, se trouve le plus souvent dans un seul hémisphère, appelé hémisphère dominant. Chez les droitiers (80 % de la population), elle se trouve dans l’hémisphère gauche. Chez les gauchers, elle est partagée entre les deux hémisphères, ou, plus rarement, située dans le seul hémisphère droit. Il est souvent difficile d’associer une zone du cerveau à une seule fonction. On distingue pourtant deux grands types de zones : les zones associatives qui relient les informations entre elles pour effectuer des opérations évoluées comme le langage, et les zones primaires contrôlant les mouvements ou les sensations.

[5Malgré des bases expérimentales manifestement peu étayées, la théorie des deux cerveaux a séduit beaucoup de monde car elle est simple et cristallise une représentation bipolaire du monde. On ne s’étonnera pas que cette théorie soit devenue le creuset de toutes sortes de spéculations plus ou moins mystiques. Dans les années 70, à l’heure où le mouvement hippy recherchait des méthodes d’épanouissement, de nouveaux gourous ont exploité le filon symbolique des deux cerveaux, présentés comme le yin et le yang. A gauche le langage, la raison, l’esprit d’entreprise et tout ce qui représente les valeurs de l’Occident. A droite, la perception de l’espace, l’affectivité, la contemplation et les valeurs de l’Orient et de l’Asie. Nombres d’ouvrages et de stage "d’initiation" proposaient des méthodes pour "penser équilibré". Et le filon n’est toujours pas épuisé ! Ces arguments sont toujours utilisés dans une certaine presse grand public.Extrait tiré de Cerveau, sexe et pouvoir. de C Vidal, D Benoit-Browaeys

[6 Une équipe de UCLA Berkeley par une technique EEG tend à montrer qu’un environnement stressant et peu intellectuel stimulant a un impact sur le développement du cortex préfrontal des enfants, siège de la résolution de problèmes (voir "la neuroimagerie aux Etats-Unis, avancées et perspectives, rapport de l’Ambassade de France à Washington, Mars 2009)

[7au fondement de l’ approche de " Novum corpus "

[8 A chaque fois qu’un neurone est stimulé, il envoie une onde électro-chimique vers des milliers d’autres neurones à une vitesse allant jusqu’à 260 kms par heure. Avec plus de 100 milliards de neurones dans le cortex cérébral humain, et approximativement 60 milliards de connexions synaptiques, le cerveau est un organe massivement interconnecté, et les interconnexions changent constamment, ce qui ne facilite pas la compréhension du circuit électrique neuronal.

[9Donald Hebb il y a plus d’un demi siècle a constaté que si deux neurones sont actifs en même temps, les synapses entre ces neurones seront renforcées.

[10les associations entre les neurones et leur cible vont de l’impossibilité à se connecter à des cellules gliales, à la possibilité de contacter indifféremment telle ou telle cellule d’une population donnée.

[11Les prof. Alice Parker et Chongwu Zhou, du Department of Electrical Engineering de la Viterbi School of Engineering à USC (University of Southern California), pour une période de 3 ans, se sont regroupés autour du projet "BioRC (pour Biomimetic Real Time Cortex) pour créer des neurones en nanocarbone capables de communiquer entre eux.(Financement de la National Science Foundation). Les nanotechnologies vont ainsi permettre la modélisation du cerveau humain.

[12appelées « gliotransmetteurs » comme la D-sérine. (D. Poulain, S. Olier - Inserme) voir aussi Christian Giaume, du Collège de France

[13J-P. Changeux, J-C. Picard. " Le cerveau : l’inconscient, le conscient et la créativité"
Idan Segev. "Into the future of brain research : touching the "mysterious"

[14Ces dernières transmettent des signaux électriques très brefs (un millième de seconde environ) des membranes d’un axone d’un neurone à celles des dentrites d’un autre. Ce stock d’information est ensuite intégré et participe à l’ apprentissage à plus long terme

[15J-P.Bourgeois -Synaptogenèses et épigenèses cérébrales :
"Dans le paradigme dominant aujourd’hui, l’épigenèse synaptique constitue le mécanisme matériel du stockage des signaux représentant le monde environnant dans le cortex cérébral. La notion de périodes critiques au cours du développement ouvre l’inscription épigénétique de l’histoire de l’individu dans l’affinage final des formes et des fonctions de ses neurones. Cette « ouverture épigénétique », maximale dans le cerveau humain, est probablement la source de la très grande adaptabilité cognitive de notre espèce, mais peut-être aussi une de ses fragilités."

[16Par « naissance de nouveaux neurones » dans le cerveau adulte, on entend la différenciation de cellules souches, comme celles de l’hippocampe, en deux : l’une va demeurer une cellule souche, et l’autre se transformer en neurone. Cette différentiation de cellules souches omnipotentes de l’organisme conduit à leur spécialisation définitive en cellules sanguines, de muscles ou de peau. A ces dernières, il convient d’ajouter après les résultats de recherche les plus récentes certains neurones de l’hippocampe.

[17 Les neurosciences ( J-P Changeux) y distinguent en particulier l’état de conscience proprement dit de son contenu.

[18Le sens du mot inconscient, toutefois, désigne un registre différent de celui donné par les psychanalystes à la suite de S. Freud puisqu’il n’est pas uniquement question de désir sexuel. Des scientifiques comme Antonio Damasio, Lionel Naccache ou Marc Jeannerod, ainsi que des psychanalystes comme François Ansermet ou Eric Laurent ont cependant tenté de faire la synthése dans une rencontre intitulée « Neurosciences et psychanalyse : une rencontre autour de l’émergence de la singularité »,
Cette rencontre faisait suite à un séminaire sur le même thème accueillant des communications de Jean-Paul Roussillon, Jean-Pierre Ameisen, Nicolas Giorgeff, Bernard Golse, Philippe Lasagna et Catherine Malabou.


Commentaires

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vendredi 16 mai 2014 à 16h48 - par  Nearer

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vendredi 4 mars 2011 à 08h35 - par  Fanny

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lundi 8 novembre 2010 à 01h03 - par  jordan 13

Tenez-le bien, je crois que le trafic de votre blog est à la hausse !

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samedi 30 octobre 2010 à 17h41 - par  Fafihbfv

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