La différence des sexes : source inépuisable d’inspiration

L’origine de bien des mises en scène ... de ménage.
jeudi 18 avril 2013
par  Jean-François Doucet
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La très grande variation des alliances possibles entre les 2 sexes qui assurent la procréation dans l’espèce humaine, s’explique par quelques caractéristiques des couples constitués. Alors que la procréation se satisferait de l’union d’un sexe avec l’autre, différents systèmes de parenté ont été mis en place autour de l’interdit de l’inceste et du meurtre du père : un bon nombre de types d’unions possibles s’incrit dans la monogamie, la polygamie et éventuellement la polyandrie. La différence des genres est cependant leur caractéristique commune qui fait intervenir la subjectivité des deux sexes biologiques en présence, source quasi-inépuisable d’inspiration.

Le nez subjectif de Cléopatre

A regarder de près le nez de l’effigie de Cléopatre, un homme moderne comprend mal pourquoi Pompée, César et Marc-Antoine, amoureux et la trouvant belle se sont battus pour elle.

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Monnaie à l’effigie de Cléopatre
Cléopatre, reine d’Egypte était d’une grande beauté

Serait-ce sa voix que l’Antiquité a considérée comme admirable ? En tous cas, la subjectivité des hommes séduits de l’Antiquité s’est prolongée jusqu’à Blaise Pascal pour qui :« Le nez de Cléopâtre : s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé » [1]. La subjectivité humaine peut par conséquent faire d’un détail considéré comme insignifiant un enjeu majeur : c’est dire toute son importance.
En particulier, elle intervient dans le jeu de rôle entre les 2 sexes. Telle femme apparaîtra à un homme peu attirante tandis qu’une autre sera "l’amour de sa vie". De la même manière, hormis les critères objectifs liés à la position sociale ou à la fortune du partenaire, l’appréciation d’un homme par une femme est emprunte de subjectivité. Sinon, comment expliquer les paradoxes du jeu de rôle entre les sexes qui aboutissent, par exemple, à ce que les concepteurs d’habits feminins pour l’industrie de la mode soient très souvent des homosexuels qui, du fait de leur penchant, imaginent habiller des amours masculines alors que les vêtements crées sont portés par des mannequins biologiquement femmes ?

De la même manière, la subjectivité entre le jeu des 2 sexes explique le dilemne constant au sein des élites entre raison d’Etat, centre de gravité des intérêts nationaux et passion amoureuse ou attirance charnelle. Ces dernières, en fait, ont longtemps été dissociées de la transmission des biens par le mariage.

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Présentation de mode
Très probablement, les costumes des mannequins femmes ont été dessinés par des créateurs homosexuels.

Le structuralisme a bien montré comment la langue organise les liens de parenté. [2] Mais le langage régule également le jeu de rôle entre les sexes à tel point qu’hommes et femmes d’un pays comme le Japon parlent des langues bien différentes.De plus, lors d’un mariage, dans la mesure où un membre d’une communauté de sens passe dans une autre, la fonction symbolique du langage apparait. Grâce à elle, une convention peut-être passée entre 2 menbres de 2 communautés différentes. D’ailleurs, comme à chaque fois que la fonction symbolique du langage intervient (dans la passation de titre de propriété d’un bien d’une personne à une autre par exemple), l’accord trouvé entre les 2 communautés de sens lors d’un mariage donne lieu à toutes sortes de cérémonies dont les scènes de ménages ne sont que de faibles répliques. Quoi qu’il en soit, hommes et femmes pour se rencontrer doivent sauter "la barrière du langage " [3] pour s’accorder au moins sur une partie de la réalité (ou des intérêts) qu’ils (ou elles) partagent. Autrement dit, dès qu’un homme s’adresse à une femme, le langage utilisé fixe non seulement leur jeu de rôles dans la société qui les entoure mais encore entraine avec lui leurs représentations. Ces dernières définissent également des fonctions différentes selon les sexes : ainsi, dans certaines populations, coudre est considéré comme masculin alors que dans d’autres la fabrication des vêtements est confiée aux femmes. Si "être homme" ou "être femme" peut varier dans de si fortes proportions, la différences des sexes semble au contraire être une constante de l’humanité. Même dans les cas où les fonctions peuvent être communes, (les femmes soldats israéliennes ou les cuisiniers de l’intendance militaire etc ) la distinction entre hommes et femmes s’établit par comparaison : on dit alors d’une femme qu’elle conduit un véhicule ou fait la cuisine comme un homme etc. Cette différence des sexes, d’autre part, avec au moins la perspective de la procréation [4] introduit les êtres humains dans la succession des générations, c’est-à-dire dans un au-delà d’eux-mêmes. Remarquons au passage que cet "au-delà" franchissant les limites de la naissance et de la mort de toute vie humaine rivalise avec les religions qui meublent d’un discours subjectif l’impossibilité de tout être humain de parler de sa naissance ou de sa propre mort. Biologiquement, cet "au-delà" se trouve logé dans les cellules sexuelles qui sont dans le corps humain " éternelles" au point d’étayer des recherches génétiques très fécondes (ADN mitochondrial etc )

Faire connaissance ... de l’inconnu(e) ?

Dans cette différence subjective variant selon les sociétés, les religions et les époques, les contraintes du langage et de la croyance [5] viennent imposer leurs restrictions. De ce point de vue, la rencontre des 2 sexes ressemble à s’y méprendre à la découverte d’une réalité nouvelle. Le langage commun traduit cette approche de 2 êtres humains par l’expression " Il se sont trouvés " pour parler de l’ajustement des subjectivités propres au 2 sexes. De la même manière, le processus de désignation d’une réalité (nouvelle) commune dépend, si l’on admet la représentation d’un être humain par un ensemble indissociable d’un impensable [6], d’une imagination [7] et ce qui peut s’en exprimer [8], d’un accord possible entre deux personnes sur leurs propres perceptions nécessairement différentes.
Dans un premier temps, un interlocuteur énonce sur l’axe syntagmatique ce qu’il pense vrai d’une réalité .

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Représentation d’une réalité connue
Un énoncé supposé vrai désigne une réalité connue

Une fois son attention attirée ou sa curiosité excitée par un questionnement, diverses associations se font jour sur l’axe paradigmatique.

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Représentations et énoncés restent indissociables
l’axe paradigmatique rend possible les associations sur les éléments des organisations signifiantes

L’inspiration [9] vient alors des différentes associations possibles à partir d’énoncés supposés vrais

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Représentation de l’inspiration
L’inspiration vient quand un énoncé supposé vrai est remis en cause par association : les éléments de l’organisation signifiante sont mis "en mouvement "

Le créateur inspiré remets ainsi en cause la réalité connue ( et admise par d’autres que lui). Son esprit "vole" [10]
vers d’autres réalités possibles dans la mesure où les représentations indissociables des organisations signifiantes, lorsque ces dernières changent par associations, évoluent vers d’autres représentations.

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Lors de l’illumination la subjectivité du créateur s’expriment à l’aide d’association

L’abondance de liaisons paradigmatiques exprimant la subjectivité jugée insensée du créateur lui laisse l’impression de posséder - ou d’être posséder par ... - des solutions satisfaisantes au problème posé. De la même manière deux partenaires tombant amoureux, ont l’impression de se trouver devant "la femme de sa vie " ou "celui qu’elle attendait depuis toujours".
Cette impression subjective de toucher du doigt l’éternité donne lieu à des rituels parfois naïfs. Ainsi, les amoureux dans bien des contrées dessinent sur le tronc d’un arbre un coeur (siège de leurs sentiments) percé d’une flèche avec l’espoir que la sève fera croître l’écorce en même temps le dessin symbolisant leurs passions.

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Coeur gravé dans l’écorce d’un arbre
Souvent les amoureux expriment leur passion par un coeur qui croit avec l’écorce d’un arbre

En quelque sorte ce dessin signe l’appartenance des amoureux à une entité subjective qui les dépasse et jette un pont entre les amoureux et l’environnement extérieur vivant de la nature.

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Enoncé d’une orgnaisation signifiante nouvelle
Une fois vérifié par autrui, l’énoncé nouveau est supposé vrai

Pour ce qui concerne l’appartenance à l’un des deux sexes attribuée grâce à des considérations anatomiques, il convient d’ajouter les considérations de ce qui est imaginé de leur différence sexuelle, c’est-à-dire du genre [11]. C’est dire que lorsque deux [12] interlocuteurs se rencontrent, ils font appel nécessairement à leur subjectivité : un homme hétérosexuel se demandera, par exemple, si la femme dont il fait connaissance est, à ses yeux, "féminine" alors qu’il ne doutera pas de son appartenance biologique au sexe féminin. Cette implication de la subjectivité dans la rencontre tient au fait de l’asymétrie [13] des sexes chez les êtres humains.

Différence irréductible des sexes : les genres

Même en tenant compte des progrès scientifiques liés à la procréation, un enfant sans précision sur sa filiation peut se schématiser comme suit :

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Enfant né d’un père et d’une mère
Un enfant, même en tenant compte des progrès scientifiques, nait nécessairement d’une femme

Si filles et garçons naissent d’une mère (nécessairement de sexe féminin), une femme appartient sa vie durant au sexe biologique qui lui a donné naissance.

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Fille de sexe identique à sa mère
Une fille nait d’une femme et devient femme ou mère à son tour

En revanche, un garçon devra au cours de sa maturation s’éloigner du sexe qui lui a donné naissance pour ressembler à celui qui l’a engendré.

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Fils de sexe différent de celui de sa mère
La dette symbolique de l’enfant sa vie durant est produite par le reliquat non échangé entre son père et sa mère

La distinction entre "sexe" et "genre" qui ouvre la possibilité de faire varier les attributs des êtres humains n’élude pas cette asymétrie d’origine biologique [14]. Si, de plus, la représentation des êtres humains continue à distinguer l’impensable, l’imagination et les moyens de son expression, la distinction entre " sexe " et " genre " implique une grande variété de définitions possibles : homme et femme, mari et femme, géniteur, mère porteuse etc dont la désignation par le langage entraine une représentation imaginaire.
Si, jusqu’à présent, l’infériorisation du féminin étant, à première vue, une donnée très répandue, la question de la féminité s’est posée en terme de domination, l’influence pratique de l’égalité entre les sexes en termes de droit contribuera sans doute à l’émergence d’êtres nouveaux de sexe féminin. [15] Une fois cette égalité de droit mis en pratique, la distinction entre "sexe " et "genre" pourra attirer l’attention, non pas sur un sexe particulier (masculin ou féminin) mais sur les variations des genres à l’intérieur même du couple homme/femme. En d’autres termes, c’est la différence des sexes - et par là des genres- qui est une constante.De cette différence nait, pour l’enfant, sa dette symbolique, ou patrimoine génésique, source de ses créations et produit de la démission de son père devant sa mère pour son éducation. Ses représentations sont multiples : dans l’imaginaire masculin, après "l’éternel féminin" très métaphysique, des femmes ont décrit leur féminité comme "l ombre du nom " [16], le "deuxième sexe", [17] un "placenta" [18]pour tenter de faire entrer les femmes dans le domaine masculin du logos tandis que l’homme dans l’imaginaire des femmes est souvent "un voleur", "un gendarme" ou " un jardinier". Une fois admise la différence irréductible des sexes [19], le jeu dans cette différence
se schématise selon trois aspects :
.- intérêts communs
- activité / passivité
- positions corporelles

C’est à partir de ces variables que s’organisent le jeu entre les sexes à l’origine de productions tant symboliques (oeuvres) que biologiques (enfants).

Emission à écouter :

La différence des sexes explique-t-elle leur inégalité ?


[1(Pensées, 162)

[2Claude Lévi-Strauss, Les structures élémentaires de la parenté, Mouton de Gruyter, 1967

[3en terme philosophique "la clôture logocentrique" en dehors de laquelle la philosophie traditionnelle place la féminité.

[4On suppose ici connue l’origine biologique de la conception

[5B. Muldworf Le divan et le prolétaire Messidor/Editions sociales (1986)

[6Réel lacanien

[7Imaginaire lacanien

[8Symbolique lacanien

[9Maillol disait : « Je sculpte l’impalpable ! ». Pour lui comme pour Matisse, à moins d’être très épris du modèle, c’est une erreur de développer une relation avec lui. « On travaille ou on batifole » disaient-ils. Dans les faits, le modèle est à la source de l’inspiration sexuelle et non de l’amour.

[10cfs Le décollage créateur : D. Anzieu - Le corps de l’oeuvre -Essais psychanalytiques sur le travail créateur Gallimard Paris 1981.

[11au sens de "gender" anglo-saxon

[12Dans le cas d’un créateur unique, le deuxième interlocuteur est alors imaginaire comme l’est la cible des discours politiques "à la cantonade"

[13cf. L. Irigaray

[14qui a naturellement ses représentations imaginaires

[15"C’est donc la règle « pater est quem matrimonia demonstrat » qui s’y applique. Le mari était considéré comme l’auteur principal d’un enfant, qu’il fût le géniteur ou pas. La filiation n’y est pas naturelle mais procède de la parole donnée au moment du mariage. Le statut de mère a donc une importance moindre en France dans la mesure où ses enfants sont inscrits sous le nom du mari, qu’il soit le géniteur ou non. Inversement le statut de femme, en tant que telle et non en tant que mère, y est plus valorisée en ce sens qu’elle peut avoir des enfants d’un autre homme que son mari sans que cela ne remette en cause la légitimité des enfants : sexualité et droit sont séparés."

[16M. Montrelay

[17S. de Beauvoir

[18L. Irigaray

[19Jacques Lacan : « D’un discours qui ne serait pas du semblant » "On découvre ici un Lacan soucieux d’opposer le discours de l’inconscient - celui de la jouissance et de la répétition à l’état brut, inapte à toute forme de semblant - à un discours de la PARADE, de l’amour et donc du semblant, nécessaire à toute relation entre l’homme et la femme. Contrairement à une tradition paternalocentriste de la psychanalyse, Lacan, influencé ici par Jacques Derrida, tente de démontrer que dans l’amour et le sexe les deux partenaires ne sont en aucune manière complémentaires.
L’homme serait l’esclave du semblant, contraint, pour exister, à exhiber sans cesse une virilité qu’il ne contrôle pas, tandis que la femme serait plus proche d’une épreuve de vérité, d’une sorte d’écriture ou d’"archi-écriture" qui lui permettrait d’échapper au semblant. Aussi bien la femme est-elle alors "pas-toute", là où l’homme a besoin d’être un "au moins un", c’est-à-dire un "tout", ou, à défaut, un semblant du Tout. D’où l’aphorisme : "Il n’y a pas de rapport sexuel", ce qui veut dire, plus simplement, que la relation amoureuse n’est pas un rapport mais plutôt une lutte entre deux contraires, chacun en position dissymétrique en regard de l’autre."


Commentaires

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lundi 9 février 2015 à 16h15 - par  Keven Peters
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lundi 29 décembre 2014 à 13h15 - par  Viatrophy

Points très intéressants sur organisation générale de cette action ! Je espère que vous me comprendrez n
professional speech writer

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