Il y a trois sortes de lits,

l'une qui existe dans la nature des choses,

et dont nous pouvons dire, je pense que Dieu est l'auteur ...

Une seconde est celle du menuisier.

Et une troisième, celle du peintre.

Platon

 

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Refusé au Salon, le leg de Caillebotte déshonore l'Etat!

De la difficulté à juger "sub specie aeternitatis"

 

Gustave Caillebotte dessine et peint depuis l'âge de 12 ans et s'inscrit à l'atelier du peintre Bonnat. Il y fait preuve après 20 ans d'une indépendance d'esprit remarquable et affiche très tôt le peu de cas qu'il fait des a priori de son époque. Mais il s'éloigne des Beaux-Arts et se joint au groupe de Degas, Renoir, Monet dits « les Intransigeants » ou « les Impressionnistes ». Autant en qualité qu'en quantité ( 274 tableaux de 1877 à 1885) son oeuvre est comparable à celle des autres peintres

 

Les raboteurs de parquet
1875- Huile sur toile H. 1,020 ; L. 1,465 m
Paris, musée d'Orsay © Réunion des Musées Nationaux.

 

 

La toile "Les raboteurs de parquet " proposée par Renoir et Martial Caillebotte est entrée en juin 1896 au Musée du Luxembourg. Elle ne figure pas dans le legs Caillebotte.

 

Riche héritier, il devient collectionneur après la mort de son père en soutenant ses amis peintre comme Monet dont il paye le loyer pendant 2ans ou Pissarro qu'il aide à survivre. De plus, G. Caillebotte achète les oeuvres de ses amis (et les rachète même) pour ainsi les aider indirectement.
Son activité au sein du groupe se concrétise par son testament du 3 novembre 1876 par lequel il lègue sa collection à l'Etat. Son codicille du 20 novembre 1883 fait de Renoir son exécuteur testamentaire en ces termes :

"Je donne à l'Etat les tableaux que je possède, seulement comme je veux que ce don soit accepté et le soit de telle façon que ces tableaux n'aillent ni dans un grenier ni dans un musée de province mais bien au Luxembourg et plus tard au Louvre, il est nécessaire qu'il s'écoule un certain temps avant l'exécution de cette clause jusqu'à ce que le public, je ne dis pas comprenne mais admette cette peinture. Ce temps peut être de 20 ans ou plus. En attendant mon frère Martial et à défaut un autre de mes héritiers, le conservera. Je prie Renoir d'être mon exécuteur testamentaire et de vouloir bien accepter un tableau qu'il choisira, mes héritiers insisteront pour qu'il en prenne un important."

Pour justifier le refus du legs d'une soixantaine d'oeuvres signées DEGAS, CEZANNE, MANET, MONET, RENOIR, PISSARO, SISLEY, le représentant de l' Etat prétexta que le Musée du Luxembourg manquait de place.

Après discussion, les Musées nationaux ne retinrent qu'une quarantaire d'oeuvres exposées aujourd'hui au Musée d'Orsay mais qui le 9 fèvrier 1897 furent présentées "dans un couloir et les tableaux collés les uns aux autres " (C. Pissarro).

Il est vrai que les Impressionnistes avaient mauvaise presse auprès d'un journal comme le Figuaro (*) dont le critique d'Art appelaient les impressionnistes "les aliénés". Auprès d'autres peintres comme Gérome leur réputation n'était pas meilleure :"Pour que l'Etat ait accepté de pareilles ordures, il fallait une bien grande flétrissure morale" écrivait-il !

Le jugement d'une époque sur ses propres représentations ne coïncide pas avec celui de la postérité tant il est difficile de juger "sub specie aeternitatis"

*Voir lettre du 2 mai 1883 in C Pissaro. Lettres à son fils Lucien, p 40.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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