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Entre le bateau et l' avion : l'hydraplaneur

 

 
   

La coque à redan : un invention capitale !

Le révérend père Ramus, un pasteur anglais, fait en 1872 une invention capitale. Il construit un canot à fond plat muni d’un redan. Grâce aux essais d’un canot en grandeur sur la Tamise, il démontre que le redan augmente la vitesse de déplacement du bateau sur l’eau. Ramus propose alors son invention à l’amirauté britannique. Des canots à redan sont construits et essayés à Calshot en Angleterre. Dans chaque cas, la vitesse du canot est augmentée d’au moins dix nœuds par rapport à la même coque sans redan. La coque des hydroglisseurs de vitesse est née : tous les aéroglisseurs depuis lors sont munis d’une coque à redan.

La coque à redan du révérend Ramus

source

Entre bateau et avion : le premier hydravion

Alphonse Tellier, au même titre que Denhaut,
peut être considéré comme l’inventeur de l’hydravion
à coque, même s’il ne l’a jamais revendiqué : durant
l’été 1912, Louis Bréguet lui demande de construire
une coque à nageoires pour un hydravion lourd de
haute mer, La Marseillaise. Construit à l’île de la
Jatte, ce gros monoplan canard, un monstre de plus de
1 400 kg, capable certes de flotter, mais pas de voler,
est le premier prototype d’un hydravion lourd
militaire, tel qu’il en existera quatre ans plus tard. La
Marseillaise est exposée fin 1912 au Grand Palais à
Paris, au 4
e
salon de l’aéronautique à côté du Donnet-
Lévêque, le premier hydravion à coque ayant volé
correctement.
Les Nieuport à flotteurs Tellier feront partie des
premières escadrilles françaises.
En août 1912, au meeting de Saint-Malo, les
flotteurs Tellier font merveille. Outre les appareils
Nieuport et Maurice Farman à flotteurs Tellier, sont
présents deux hydravions à flotteurs Curtiss, le
Donnet- Lévêque à coque piloté par André Beaumont,
un monoplan Train à flotteur central Tellier et un
biplan Astra à moteur Renault doté de trois flotteurs
Tellier, piloté par rené Labouret.
Les hydravions d’Alphonse Tellier
Biplan Astra de René Labouret (1912).
L’hydravion de course n° 10 inscrit aux courses de Saint-Malo 1912 aux essais sur la Seine possède
des flotteurs Tellier dessinés par Duhamel (Cliché Musée de l’Air).
Hydro-aéroglisseur Tellier (1913).
Construit pour les courses de Monaco 1913, cet « hydroplane » Tellier est doté d’une coque rigide et
deux flotteurs dessinés par Duhamel. Il est propulsé par un six cylindres Clément-Bayard
d’automobile et une hélice aérienne (Cliché musée de l’Air).
Les hydravions d’Alphonse Tellier
Ce dernier remporte l’épreuve. L’enjeu de la victoire à
ce meeting est une commande d’hydravions par la
Marine nationale. Les constructeurs français présents,
R.E.P., Borel, Deperdussin, Nieuport, Astra-Train et
Donnet-lévèque, font une telle impression que leurs
hydravions sont tous commandés en petite série.
Monoplan Borel 1913. (L’Aérophile).
Entre 1912 et 1914, les chantiers Tellier de Neuilly
et Levallois travaillent pour un grand nombre de
constructeurs : Astra-Train, Aviatik et Albatros
(marques allemandes), Gabriel Borel, Louis Blériot,
Louis Bréguet, Marcel Besson, Clément-Bayard,
Deperdussin, de Broukère, Maurice Farman,
Ambroise Goupy, Morane-Saulnier, Savary à
Levallois, Paul Schmitt, Voisin (Billancourt), et même
Maurice Mallet (Zodiac).
Morane-Saulnier piloté par Garros, vainqueur à
Monaco en 1913. (L’Illustration).
Avant le début de la guerre, Alphonse Tellier, avec
le concours de ses amis, en particulier Dubonnet, crée
une entreprise en commandite, la Société Alphonse
Tellier et Cie. Elle reçoit des commandes
militaires pour des vedettes rapides, mais ne s’occupe
pas d’aviation. A la déclaration de guerre, le 3 août
1914, Alphonse Tellier part aux usines de Lyon
rejoindre Gabriel Voisin. De retour à Paris, il fait
étudier et construire par ses ateliers divers matériels
militaires commandés par la Marine nationale. Tout
d’abord, un remorqueur pour le génie militaire sur le
Rhin. Ensuite, un matériel d’écoute inventé par le
professeur Brocca, ancêtre du Sonar, qui devait
permettre de déceler la présence de sous-marins en
mer du Nord. Produit en série, ce matériel est et
installé sur plusieurs navires.
Le triplan de bombardement Dorand-Bugatti. (Source
Le Trait d’Union).
Polytechnicien, fondateur et directeur de la Section
Technique de l’Aéronautique (STAé) situé aux
Invalides à Paris, le colonel du Génie Emile Dorand
obtient en 1915 d’un astronome riche et patriote
nommé Salet une somme importante, 25 000 francs,
pour l’étude d’un hydravion de haute mer capable de
lutter contre les sous-marins allemands, lesquels sont
responsables de la destruction de nombreux navires
alliés. Dorand confie cette somme et le projet à Tellier.
Duhamel se met aussitôt au travail. Pendant l’été
1915, alors que Donnet et Denhaut, leurs voisins à l’île
de la Jatte, entreprennent la construction en série
d’hydravions à coque, les chantiers Tellier
bourdonnent de la construction de l’avion Dorand à
moteurs Bugatti de 200 ch que pilote Labouchère.
Malheureusement, le moteur est un échec qui
condamne le projet. Mais il a remis le pied à l’étrier à
l’équipe de Tellier. Par dessus tout, la situation
catastrophique des Alliés sur le front pousse Tellier à
revenir à la construction aéronautique.
Les hydravions d’Alphonse Tellier
Les hydravions Tellier
En janvier 1916, Tellier se rend au Centre
d’Aviation Maritime de Dunkerque. Là, il apprend que
la marine fait face, par manque de matériel adapté, aux
pires difficultés. On lui dit que la rue Royale va
émettre un marché pour la réalisation d’un hydravion
triplace armé, propulsé par le nouveau moteur V8
Hispano-Suiza de 200 ch, que l’Armée n’utilise pas :
elle attend le futur 220 ch. Pressé par ses amis, Tellier
hésite un moment ; l’expérience de Juvisy est encore
douloureuse ; il y a perdu tous ses actifs, chantiers,
bureaux d’études, matériaux, outils, personnel.
Le Tellier 200 ch
Les nouvelles du front étant de plus en plus
alarmantes, l’équipe Tellier, Duhamel, Dubonnet,
Gabriel Voisin (qui construit la voilure) dès le début
de l’année 1916, se remet au travail. Trois mois après,
le premier hydravion Tellier est né. Biplan à coque de
15,60 mètres d’envergure propulsé par un puissant
moteur V8 Hispano-Suiza de 200 ch dont c’est la
première utilisation, le Tellier 200 ch effectue des
essais prometteurs sur la Seine à Neuilly en juin piloté
par le sergent Duyck, accompagné de Racine Carteau
et d’un mécanicien de chez Hispano.
Le Tellier-Hispano de 200 ch.
L’appareil est facile à piloter, mais après une
montée à 3.000 mètres, le moteur givre et l’appareil
finit dans la Seine, en miettes, ses occupants étant
indemnes. Dubonnet offre alors à Tellier de financer la
construction des machines. Deux autres hydravions
sont construits et convoyé pour essais officiels à la
CEPA de Saint-Raphaël en octobre. Ses performances
et sa stabilité sont considérées comme sensationnelles.
Il est immédiatement est commandé en série comme
bombardier patrouilleur de haute mer.
Hydravion de combat Tellier 200 ch - 1916
Envergure
15,60 m
Surface portante
47,00 m
2
Longueur
11,83 m
Hauteur
3,60 m
Moteur
Hispano-Suiza 8Ba de 200 ch
Poids à vide
1.150 kg
Poids en charge
1.795 kg
Equipage
Deux ou trois hommes
Vitesse maximale
135 km/h
Autonomie
4 h (700 km)
Armement
Deux bombes de 52 kg. Une
mitrailleuse avant
Caractéristiques techniques du Tellier 200 ch.
Le Tellier 200 ch emporte pour une patrouille de
quatre heures deux ou trois hommes d’équipage à 130
km/h au niveau de la mer et grimpe à 2 000 mètres en
16 minutes 30 à pleine charge. Il emporte deux bombes
de 52 kg et une mitrailleuse, qui peut être installée
dans la pointe avant. Le 8 novembre 1916, dès la fin
des essais officiels, la Marine nationale commande dix
hydravions Tellier 200 ch, puis cent au début de 1917,
et deux cents autres fin 1917.
Trois officiers célèbres à la CEPA en 1917 devant un
Tellier 200 ch : Yves-Yann Kerguistel, Lucien Corpet et
Henri de l’Escaille. (Cliché CEPA).
Gabriel Voisin construit les ailes pour les dix
premiers hydravions et Emile Dubonnet les coques
dans une nouvelle usine bâtie à Argenteuil, quai de
Seine, aidé par les Cycles Alcyon, spécialistes des
assemblages en tubes métalliques. La production est
lente, quatre vingt douze hydravions seulement pour
l’année 1917. Pendant ce temps, Louis Schreck à la
F.B.A. d’Argenteuil sort trente-cinq hydravions de
150 ch par mois, et Donnet-Denhaut presque autant.
Les hydravions d’Alphonse Tellier
La rue Royale s’impatiente. La licence Tellier est prise
par l’Arsenal de Cherbourg et les Chantiers de l’Adour
pour une fabrication accélérée.
Quand la marine américaine entre en guerre, elle
installe des bases sur tout le vieux continent. Elle
commande cent cinq Tellier 200 ch en 1917, mais la
production est toujours effectuée au ralenti et cette
commande est annulée. Finalement, 170 Tellier 200 ch
sont construits et livrés à ma marine française avant la
fin des hostilités.
Le Tellier 200 ch canon. (Cliché CEPA).
Les hydravions Tellier 200 ch sont mis en service
en 1917 dans les Centres d’Aviation Maritime de la
marine française, à Bayonne, Boulogne-sur-Mer,
Brest-Camaret, Cherbourg, Dunkerque, Guernesey, La
Pallice, La Penzé (Côtes-du-Nord), Saint-Raphaël,
Toulon et Tréguier (Côtes d’Armor). La France ayant
reçu la mission de défendre les côtes grecques, le nord
de la Libye en Méditerranée et les côtes de la Manche,
la marine française ouvre des C.A.M. dotés de Tellier
200 ch à Alger (Algérie), Bizerte et Sousse (Tunisie).
Robuste et puissant, le Tellier 200 ch restera en
service dans la Marine jusqu’en 1922.
Tellier 200 ch « canon » (1918). (Cliché CEPA).
Le Tellier-canon
En 1917, la menace des sous marins allemands en
mer du Nord est toujours là et les premiers hydravions
d’attaque alignés depuis février 1915 ne parviennent
pas à les contrer efficacement. Le lancement d'une
bombe depuis un hydravion qui vole à 120 km/h sur un
sous-marin est hasardeux et l’état-major de la marine
demande une solution plus directe de tir au canon.
Tellier, qui dispose du plus gros hydravion de la flotte,
propose le montage d’un canon Hotchkiss de 47 mm à
l’avant d’un Tellier 200 ch sur affût mobile Voisin,
l’habitacle à la proue étant renforcé. Les essais à Saint-
Raphaël démontrent le bien fondé de la solution et les
110 exemplaires du Tellier « canon » qui sont
commandés sont réalisés par Dubonnet à Argenteuil
en 1918. Ils seront tous mis en service avant
l’armistice.
Le Tellier 350 ch
En 1917, la société dirigée par Alphonse Tellier
reçoit de la Marine nationale une commande pour un
hydravion de patrouille en mer et de bombardement
capable d’emporter une charge utile d’une tonne. Un
nouvel hydravion de 23 mètres d’envergure est
dessiné par Tellier et Duhamel. Il est propulsé par un
V12 Sunbeam de 350 ch, ou un Panhard & Levassor de
même puissance.
Le Tellier-Sunbeam.
Les hydravions d’Alphonse Tellier
Prototype de l’hydravion Tellier 200 ch à moteur Hispano-Suiza photographié sur le Seine à Levallois-
Perret pendant l’été 1916. (Cliché Musée de l’Air).
Prototype du Tellier 350 ch à moteur Sunbeam. Six Tellier-Sunbeam ont été livrés en 1918 à la CEPA de
Saint-Raphaël pour essais. (Cliché Musée de l’Air).
Tellier-Sunbeam de série (1918). Photographié à Saint-Raphaël, le Tellier-Sunbeam a vu sa carrière
arrêtée par l’armistice. (Musée de l’Air).
Les hydravions d’Alphonse Tellier
Décollant au poids maximal de 3 732 kg, le Tellier-
Sunbeam 350 ch emporte 1 632 kg de charge utile, au
cours de sa réception officielle à Saint-Raphaël en
juillet 1918. Immédiatement après les essais, la
Marine nationale commande 315 exemplaires, devant
être construits par les Chantiers de l’Adour, chez
Gonnet-Villocq à Chrebourg et chez Dubonnet.
Trente-cinq exemplaires seulement sont livrés aux
unités navales à la fin de la guerre.
Le Tellier 500 ch
Quelques semaines après la sortie du prototype
Tellier-Sunbeam de 350 ch, Tellier et Duhamel
présentent au STAé un prototype biplan bimoteur
montés en tandem de 400 (deux moteurs de 200 ch
Hispano-Suiza) voire de 500 ch (deux Hispano-Suisa
de 250 ch) muni d’un canon de 47 mm à l’avant,
destiné à la chasse aux sous-marins. La voilure est
identique à celle du Tellier-Sunbeam, mais les ailes sont
reliées par une mâture en V et sont repliables. La
marine française fin 1917 en commande 90
exemplaires. L’armistice de novembre 1918 met fin à
leur construction. Le Tellier 500 ch n’est réalisé qu’à
sept exemplaires non montés, demeurés en caisses
dans les C.A.M. où ils sont livrés en 1919.
Hydravion de combat Tellier 400/500 ch
Envergure
23,00 m
Surface portante
86,50 m
2
Longueur
15,88 m
Hauteur
4,10 m
Moteurs
Deux HS de 200/250 ch
Poids à vide
2.100/2.250 kg
Poids en charge
3.300/3.700 kg
Equipage
2 ou 3 hommes
Vitesse maximale
130/140 km/h
Autonomie
5 h (700 km)
Armement
Quatre bombes de 70 kg, ou un
canon de 47 mm
Caractéristiques du Tellier 500 ch.
Tellier 400 ch photographié en 1918 à Saint-Raphaël.
(Cliché CEPA).
Durant l’été 1918, Alphonse Tellier, déjà atteint
d’une maladie qui finira par avoir raison de sa santé, ne
peut plus travailler comme il l’a toujours fait, treize
heures par jour. Le 15 août, les chantiers Tellier de la
Jatte à Levallois et les chantiers Dubonnet
d’Argenteuil sont vendus à Nieuport et deviennent sa
division marine. Alphonse Tellier en est nommé
directeur technique à titre honorifique tandis que
Robert Duhamel est nommé chef du bureau d’études
d’Issy-les-Moulineaux. Un total de 687 hydravions
Tellier ont été construits pendant la guerre : c’est
presque incroyable pour un homme qui hésitait à
revenir à la construction aéronautique.
Un certain nombre d’hydravions militaires sont vendus
en 1919 et 1920 comme appareils de transport, comme
ici celui de la Compagnie Franco-Bilbaï ne de
transport.
Le Tellier 1000 ch
A la fin de la guerre, le plus gros appareil volant en
France est un hydravion Tellier. Il s’agit d’un énorme
trimoteur répondant au programme de janvier 1918
pour un patrouilleur de haute mer capable de naviguer
cinq heures avec cinq hommes d’équipage. Le Tellier
1000 ch emporte à son bord un canon de 75 mm, une
arme fatale aux sous-marins mais qui pose de sérieux
problèmes au constructeur par son recul d’un mètre
produisant un effort de trois tonnes que l’affût et
surtout la coque doivent encaisser ! L’éjection en vol
des douilles pose un autre problème.
Tandis que des essais de structure sont effectués
au sol par les services d’artillerie navale, Tellier se livre
de son côté à de multiples essais, sollicitant Gabriel
Voisin et le laboratoire du conservatoire des Arts et
Métiers à Paris. Ne pouvant obtenir que trois V8
Hispano-Suiza de 250 ch seulement, (alors que trois
moteurs V12 Lorraine de 380 ch étaient prévus) - un
moteur central tracteur et deux latéraux propulsifs - le
prototype Tellier 1.100 ch vole pour la première fois
en décembre 1918 et poursuit avec succès ses essais
sur la Seine à Levallois en janvier 1919. Les tests
reprennent à Saint-Raphaël en mai. L’appareil vole
difficilement. En novembre, l’appareil reçoit enfin
trois moteurs Lorraine de 350 ch avec lesquels il vole
parfaitement. Pendant deux ans, il effectue des tirs au
canon, remarqués par les riverains. En avril 1920, le
Les hydravions d’Alphonse Tellier
Tellier-canon de 75 est présenté au meeting de
Monaco où il fait sensation.
Hydravion de combat Tellier 1.100 ch
Envergure
30,00 m
Surface portante
156,00 m
2
Longueur
21,35 m
Hauteur
5,90 m
Moteurs
Trois Lorraine 12D de 380 ch
Poids à vide
4.250 kg
Poids en charge
7.500 kg
Equipage
4 ou 5 hommes
Vitesse maxi
125 km/h
Autonomie
5 h (650 km)
Armement
Six bombes de 100 kg, plus un
canon de 75 mm
Caractéristiques du Tellier 1.100 ch.
A la fin de la guerre, les ingénieurs français
mettent au point une arme fatale aux sous-marins qui
va bouleverser l’équilibre entre le chasseur et le
chassé, une arme qui permet désormais aux
hydravions le repérage des sous-marins : le Sonar
(détecteur à ultrasons). Désormais, plus aucun sous-
marin ne sera tranquille, tapis au fond de l’eau en
attendant de frapper sa proie.
Maquette de l’hydravion géant transatlantique Tellier
« Vonna » (1919). (Cliché Musée de l’Air).
Le Tellier Vonna
En juillet 1918, Tellier et Duhamel se lancent dans
un dernier projet : un hydravion transatlantique ! En
plus des trois hommes d’équipage et leurs vivres, il
doit emporter un poste radio, des instruments de
navigation, soit un total de 600 kg d’équipements.
L’hydravion géant Tellier pèserait plus de 9 tonnes à
vide et 16 tonnes au décollage, avec ses pleins
d’essence, 8.000 litres. Après août 1918, Nieuport
consacre à ce projet 15 ingénieurs au bureau d’études,
sous la direction de Duhamel et Tellier. La
construction de deux appareils qui doit recevoir quatre
énormes moteurs Sunbeam-Coatalen W18 de 450 ch
ou quatre V12 Panhard-Levassor de 350 ch débute en
1919, mais Tellier tombe malade pendant l’été 1919. Il
doit se retirer à Grâce où il décèdera en 1928. Pendant
ce temps, Anselme Marchal, instigateur du projet
transatlantique se rend aux Etats-Unis où
malheureusement il y meurt brutalement de maladie le
27 juin 1921. Le Vonna, premier projet d’avion
transatlantique français après la guerre, tombe alors
dans l’oubli.
A sa mort, Tellier est élevé au rang d’officier de la
Légion d’honneur, avec la citation :
« Ingénieur constructeur de haute valeur,
qui a rendu des services particulièrement
signalés à l’aéronautique maritime. A
puissamment contribué à la Défense nationale
en créant un grand nombre de types
d'hydravions dont le rendement fut
particulièrement remarquable. Par ses
éminentes qualités d'organisateur, par ses
multiples inventions, par la valeur de ses
fabrications, a largement facilité l'essor de
l’aéronautique ».
Gérard HARTMANN
Signature d’Alphonse Tellier. (Musée de Biscarrosse).
Alphonse Tellier, au même titre que Denhaut,
peut être considéré comme l’inventeur de l’hydravion
à coque, même s’il ne l’a jamais revendiqué : durant
l’été 1912, Louis Bréguet lui demande de construire
une coque à nageoires pour un hydravion lourd de
haute mer, La Marseillaise. Construit à l’île de la
Jatte, ce gros monoplan canard, un monstre de plus de
1 400 kg, capable certes de flotter, mais pas de voler,
est le premier prototype d’un hydravion lourd
militaire, tel qu’il en existera quatre ans plus tard. La
Marseillaise est exposée fin 1912 au Grand Palais à
Paris, au 4
e
salon de l’aéronautique à côté du Donnet-
Lévêque, le premier hydravion à coque ayant volé
correctement.
Les Nieuport à flotteurs Tellier feront partie des
premières escadrilles françaises.
En août 1912, au meeting de Saint-Malo, les
flotteurs Tellier font merveille. Outre les appareils
Nieuport et Maurice Farman à flotteurs Tellier, sont
présents deux hydravions à flotteurs Curtiss, le
Donnet- Lévêque à coque piloté par André Beaumont,
un monoplan Train à flotteur central Tellier et un
biplan Astra à moteur Renault doté de trois flotteurs
Tellier, piloté par rené Labouret.
Les hydravions d’Alphonse Tellier
Biplan Astra de René Labouret (1912).
L’hydravion de course n° 10 inscrit aux courses de Saint-Malo 1912 aux essais sur la Seine possède
des flotteurs Tellier dessinés par Duhamel (Cliché Musée de l’Air).
Hydro-aéroglisseur Tellier (1913).
Construit pour les courses de Monaco 1913, cet « hydroplane » Tellier est doté d’une coque rigide et
deux flotteurs dessinés par Duhamel. Il est propulsé par un six cylindres Clément-Bayard
d’automobile et une hélice aérienne (Cliché musée de l’Air).
Les hydravions d’Alphonse Tellier
Ce dernier remporte l’épreuve. L’enjeu de la victoire à
ce meeting est une commande d’hydravions par la
Marine nationale. Les constructeurs français présents,
R.E.P., Borel, Deperdussin, Nieuport, Astra-Train et
Donnet-lévèque, font une telle impression que leurs
hydravions sont tous commandés en petite série.
Monoplan Borel 1913. (L’Aérophile).
Entre 1912 et 1914, les chantiers Tellier de Neuilly
et Levallois travaillent pour un grand nombre de
constructeurs : Astra-Train, Aviatik et Albatros
(marques allemandes), Gabriel Borel, Louis Blériot,
Louis Bréguet, Marcel Besson, Clément-Bayard,
Deperdussin, de Broukère, Maurice Farman,
Ambroise Goupy, Morane-Saulnier, Savary à
Levallois, Paul Schmitt, Voisin (Billancourt), et même
Maurice Mallet (Zodiac).
Morane-Saulnier piloté par Garros, vainqueur à
Monaco en 1913. (L’Illustration).
Avant le début de la guerre, Alphonse Tellier, avec
le concours de ses amis, en particulier Dubonnet, crée
une entreprise en commandite, la Société Alphonse
Tellier et Cie. Elle reçoit des commandes
militaires pour des vedettes rapides, mais ne s’occupe
pas d’aviation. A la déclaration de guerre, le 3 août
1914, Alphonse Tellier part aux usines de Lyon
rejoindre Gabriel Voisin. De retour à Paris, il fait
étudier et construire par ses ateliers divers matériels
militaires commandés par la Marine nationale. Tout
d’abord, un remorqueur pour le génie militaire sur le
Rhin. Ensuite, un matériel d’écoute inventé par le
professeur Brocca, ancêtre du Sonar, qui devait
permettre de déceler la présence de sous-marins en
mer du Nord. Produit en série, ce matériel est et
installé sur plusieurs navires.
Le triplan de bombardement Dorand-Bugatti. (Source
Le Trait d’Union).
Polytechnicien, fondateur et directeur de la Section
Technique de l’Aéronautique (STAé) situé aux
Invalides à Paris, le colonel du Génie Emile Dorand
obtient en 1915 d’un astronome riche et patriote
nommé Salet une somme importante, 25 000 francs,
pour l’étude d’un hydravion de haute mer capable de
lutter contre les sous-marins allemands, lesquels sont
responsables de la destruction de nombreux navires
alliés. Dorand confie cette somme et le projet à Tellier.
Duhamel se met aussitôt au travail. Pendant l’été
1915, alors que Donnet et Denhaut, leurs voisins à l’île
de la Jatte, entreprennent la construction en série
d’hydravions à coque, les chantiers Tellier
bourdonnent de la construction de l’avion Dorand à
moteurs Bugatti de 200 ch que pilote Labouchère.
Malheureusement, le moteur est un échec qui
condamne le projet. Mais il a remis le pied à l’étrier à
l’équipe de Tellier. Par dessus tout, la situation
catastrophique des Alliés sur le front pousse Tellier à
revenir à la construction aéronautique.
Les hydravions d’Alphonse Tellier
Les hydravions Tellier
En janvier 1916, Tellier se rend au Centre
d’Aviation Maritime de Dunkerque. Là, il apprend que
la marine fait face, par manque de matériel adapté, aux
pires difficultés. On lui dit que la rue Royale va
émettre un marché pour la réalisation d’un hydravion
triplace armé, propulsé par le nouveau moteur V8
Hispano-Suiza de 200 ch, que l’Armée n’utilise pas :
elle attend le futur 220 ch. Pressé par ses amis, Tellier
hésite un moment ; l’expérience de Juvisy est encore
douloureuse ; il y a perdu tous ses actifs, chantiers,
bureaux d’études, matériaux, outils, personnel.
Le Tellier 200 ch
Les nouvelles du front étant de plus en plus
alarmantes, l’équipe Tellier, Duhamel, Dubonnet,
Gabriel Voisin (qui construit la voilure) dès le début
de l’année 1916, se remet au travail. Trois mois après,
le premier hydravion Tellier est né. Biplan à coque de
15,60 mètres d’envergure propulsé par un puissant
moteur V8 Hispano-Suiza de 200 ch dont c’est la
première utilisation, le Tellier 200 ch effectue des
essais prometteurs sur la Seine à Neuilly en juin piloté
par le sergent Duyck, accompagné de Racine Carteau
et d’un mécanicien de chez Hispano.
Le Tellier-Hispano de 200 ch.
L’appareil est facile à piloter, mais après une
montée à 3.000 mètres, le moteur givre et l’appareil
finit dans la Seine, en miettes, ses occupants étant
indemnes. Dubonnet offre alors à Tellier de financer la
construction des machines. Deux autres hydravions
sont construits et convoyé pour essais officiels à la
CEPA de Saint-Raphaël en octobre. Ses performances
et sa stabilité sont considérées comme sensationnelles.
Il est immédiatement est commandé en série comme
bombardier patrouilleur de haute mer.
Hydravion de combat Tellier 200 ch - 1916
Envergure
15,60 m
Surface portante
47,00 m
2
Longueur
11,83 m
Hauteur
3,60 m
Moteur
Hispano-Suiza 8Ba de 200 ch
Poids à vide
1.150 kg
Poids en charge
1.795 kg
Equipage
Deux ou trois hommes
Vitesse maximale
135 km/h
Autonomie
4 h (700 km)
Armement
Deux bombes de 52 kg. Une
mitrailleuse avant
Caractéristiques techniques du Tellier 200 ch.
Le Tellier 200 ch emporte pour une patrouille de
quatre heures deux ou trois hommes d’équipage à 130
km/h au niveau de la mer et grimpe à 2 000 mètres en
16 minutes 30 à pleine charge. Il emporte deux bombes
de 52 kg et une mitrailleuse, qui peut être installée
dans la pointe avant. Le 8 novembre 1916, dès la fin
des essais officiels, la Marine nationale commande dix
hydravions Tellier 200 ch, puis cent au début de 1917,
et deux cents autres fin 1917.
Trois officiers célèbres à la CEPA en 1917 devant un
Tellier 200 ch : Yves-Yann Kerguistel, Lucien Corpet et
Henri de l’Escaille. (Cliché CEPA).
Gabriel Voisin construit les ailes pour les dix
premiers hydravions et Emile Dubonnet les coques
dans une nouvelle usine bâtie à Argenteuil, quai de
Seine, aidé par les Cycles Alcyon, spécialistes des
assemblages en tubes métalliques. La production est
lente, quatre vingt douze hydravions seulement pour
l’année 1917. Pendant ce temps, Louis Schreck à la
F.B.A. d’Argenteuil sort trente-cinq hydravions de
150 ch par mois, et Donnet-Denhaut presque autant.
Les hydravions d’Alphonse Tellier
La rue Royale s’impatiente. La licence Tellier est prise
par l’Arsenal de Cherbourg et les Chantiers de l’Adour
pour une fabrication accélérée.
Quand la marine américaine entre en guerre, elle
installe des bases sur tout le vieux continent. Elle
commande cent cinq Tellier 200 ch en 1917, mais la
production est toujours effectuée au ralenti et cette
commande est annulée. Finalement, 170 Tellier 200 ch
sont construits et livrés à ma marine française avant la
fin des hostilités.
Le Tellier 200 ch canon. (Cliché CEPA).
Les hydravions Tellier 200 ch sont mis en service
en 1917 dans les Centres d’Aviation Maritime de la
marine française, à Bayonne, Boulogne-sur-Mer,
Brest-Camaret, Cherbourg, Dunkerque, Guernesey, La
Pallice, La Penzé (Côtes-du-Nord), Saint-Raphaël,
Toulon et Tréguier (Côtes d’Armor). La France ayant
reçu la mission de défendre les côtes grecques, le nord
de la Libye en Méditerranée et les côtes de la Manche,
la marine française ouvre des C.A.M. dotés de Tellier
200 ch à Alger (Algérie), Bizerte et Sousse (Tunisie).
Robuste et puissant, le Tellier 200 ch restera en
service dans la Marine jusqu’en 1922.
Tellier 200 ch « canon » (1918). (Cliché CEPA).
Le Tellier-canon
En 1917, la menace des sous marins allemands en
mer du Nord est toujours là et les premiers hydravions
d’attaque alignés depuis février 1915 ne parviennent
pas à les contrer efficacement. Le lancement d'une
bombe depuis un hydravion qui vole à 120 km/h sur un
sous-marin est hasardeux et l’état-major de la marine
demande une solution plus directe de tir au canon.
Tellier, qui dispose du plus gros hydravion de la flotte,
propose le montage d’un canon Hotchkiss de 47 mm à
l’avant d’un Tellier 200 ch sur affût mobile Voisin,
l’habitacle à la proue étant renforcé. Les essais à Saint-
Raphaël démontrent le bien fondé de la solution et les
110 exemplaires du Tellier « canon » qui sont
commandés sont réalisés par Dubonnet à Argenteuil
en 1918. Ils seront tous mis en service avant
l’armistice.
Le Tellier 350 ch
En 1917, la société dirigée par Alphonse Tellier
reçoit de la Marine nationale une commande pour un
hydravion de patrouille en mer et de bombardement
capable d’emporter une charge utile d’une tonne. Un
nouvel hydravion de 23 mètres d’envergure est
dessiné par Tellier et Duhamel. Il est propulsé par un
V12 Sunbeam de 350 ch, ou un Panhard & Levassor de
même puissance.
Le Tellier-Sunbeam.
Les hydravions d’Alphonse Tellier
Prototype de l’hydravion Tellier 200 ch à moteur Hispano-Suiza photographié sur le Seine à Levallois-
Perret pendant l’été 1916. (Cliché Musée de l’Air).
Prototype du Tellier 350 ch à moteur Sunbeam. Six Tellier-Sunbeam ont été livrés en 1918 à la CEPA de
Saint-Raphaël pour essais. (Cliché Musée de l’Air).
Tellier-Sunbeam de série (1918). Photographié à Saint-Raphaël, le Tellier-Sunbeam a vu sa carrière
arrêtée par l’armistice. (Musée de l’Air).
Les hydravions d’Alphonse Tellier
Décollant au poids maximal de 3 732 kg, le Tellier-
Sunbeam 350 ch emporte 1 632 kg de charge utile, au
cours de sa réception officielle à Saint-Raphaël en
juillet 1918. Immédiatement après les essais, la
Marine nationale commande 315 exemplaires, devant
être construits par les Chantiers de l’Adour, chez
Gonnet-Villocq à Chrebourg et chez Dubonnet.
Trente-cinq exemplaires seulement sont livrés aux
unités navales à la fin de la guerre.
Le Tellier 500 ch
Quelques semaines après la sortie du prototype
Tellier-Sunbeam de 350 ch, Tellier et Duhamel
présentent au STAé un prototype biplan bimoteur
montés en tandem de 400 (deux moteurs de 200 ch
Hispano-Suiza) voire de 500 ch (deux Hispano-Suisa
de 250 ch) muni d’un canon de 47 mm à l’avant,
destiné à la chasse aux sous-marins. La voilure est
identique à celle du Tellier-Sunbeam, mais les ailes sont
reliées par une mâture en V et sont repliables. La
marine française fin 1917 en commande 90
exemplaires. L’armistice de novembre 1918 met fin à
leur construction. Le Tellier 500 ch n’est réalisé qu’à
sept exemplaires non montés, demeurés en caisses
dans les C.A.M. où ils sont livrés en 1919.
Hydravion de combat Tellier 400/500 ch
Envergure
23,00 m
Surface portante
86,50 m
2
Longueur
15,88 m
Hauteur
4,10 m
Moteurs
Deux HS de 200/250 ch
Poids à vide
2.100/2.250 kg
Poids en charge
3.300/3.700 kg
Equipage
2 ou 3 hommes
Vitesse maximale
130/140 km/h
Autonomie
5 h (700 km)
Armement
Quatre bombes de 70 kg, ou un
canon de 47 mm
Caractéristiques du Tellier 500 ch.
Tellier 400 ch photographié en 1918 à Saint-Raphaël.
(Cliché CEPA).
Durant l’été 1918, Alphonse Tellier, déjà atteint
d’une maladie qui finira par avoir raison de sa santé, ne
peut plus travailler comme il l’a toujours fait, treize
heures par jour. Le 15 août, les chantiers Tellier de la
Jatte à Levallois et les chantiers Dubonnet
d’Argenteuil sont vendus à Nieuport et deviennent sa
division marine. Alphonse Tellier en est nommé
directeur technique à titre honorifique tandis que
Robert Duhamel est nommé chef du bureau d’études
d’Issy-les-Moulineaux. Un total de 687 hydravions
Tellier ont été construits pendant la guerre : c’est
presque incroyable pour un homme qui hésitait à
revenir à la construction aéronautique.
Un certain nombre d’hydravions militaires sont vendus
en 1919 et 1920 comme appareils de transport, comme
ici celui de la Compagnie Franco-Bilbaï ne de
transport.
Le Tellier 1000 ch
A la fin de la guerre, le plus gros appareil volant en
France est un hydravion Tellier. Il s’agit d’un énorme
trimoteur répondant au programme de janvier 1918
pour un patrouilleur de haute mer capable de naviguer
cinq heures avec cinq hommes d’équipage. Le Tellier
1000 ch emporte à son bord un canon de 75 mm, une
arme fatale aux sous-marins mais qui pose de sérieux
problèmes au constructeur par son recul d’un mètre
produisant un effort de trois tonnes que l’affût et
surtout la coque doivent encaisser ! L’éjection en vol
des douilles pose un autre problème.
Tandis que des essais de structure sont effectués
au sol par les services d’artillerie navale, Tellier se livre
de son côté à de multiples essais, sollicitant Gabriel
Voisin et le laboratoire du conservatoire des Arts et
Métiers à Paris. Ne pouvant obtenir que trois V8
Hispano-Suiza de 250 ch seulement, (alors que trois
moteurs V12 Lorraine de 380 ch étaient prévus) - un
moteur central tracteur et deux latéraux propulsifs - le
prototype Tellier 1.100 ch vole pour la première fois
en décembre 1918 et poursuit avec succès ses essais
sur la Seine à Levallois en janvier 1919. Les tests
reprennent à Saint-Raphaël en mai. L’appareil vole
difficilement. En novembre, l’appareil reçoit enfin
trois moteurs Lorraine de 350 ch avec lesquels il vole
parfaitement. Pendant deux ans, il effectue des tirs au
canon, remarqués par les riverains. En avril 1920, le
Les hydravions d’Alphonse Tellier
Tellier-canon de 75 est présenté au meeting de
Monaco où il fait sensation.
Hydravion de combat Tellier 1.100 ch
Envergure
30,00 m
Surface portante
156,00 m
2
Longueur
21,35 m
Hauteur
5,90 m
Moteurs
Trois Lorraine 12D de 380 ch
Poids à vide
4.250 kg
Poids en charge
7.500 kg
Equipage
4 ou 5 hommes
Vitesse maxi
125 km/h
Autonomie
5 h (650 km)
Armement
Six bombes de 100 kg, plus un
canon de 75 mm
Caractéristiques du Tellier 1.100 ch.
A la fin de la guerre, les ingénieurs français
mettent au point une arme fatale aux sous-marins qui
va bouleverser l’équilibre entre le chasseur et le
chassé, une arme qui permet désormais aux
hydravions le repérage des sous-marins : le Sonar
(détecteur à ultrasons). Désormais, plus aucun sous-
marin ne sera tranquille, tapis au fond de l’eau en
attendant de frapper sa proie.
Maquette de l’hydravion géant transatlantique Tellier
« Vonna » (1919). (Cliché Musée de l’Air).
Le Tellier Vonna
En juillet 1918, Tellier et Duhamel se lancent dans
un dernier projet : un hydravion transatlantique ! En
plus des trois hommes d’équipage et leurs vivres, il
doit emporter un poste radio, des instruments de
navigation, soit un total de 600 kg d’équipements.
L’hydravion géant Tellier pèserait plus de 9 tonnes à
vide et 16 tonnes au décollage, avec ses pleins
d’essence, 8.000 litres. Après août 1918, Nieuport
consacre à ce projet 15 ingénieurs au bureau d’études,
sous la direction de Duhamel et Tellier. La
construction de deux appareils qui doit recevoir quatre
énormes moteurs Sunbeam-Coatalen W18 de 450 ch
ou quatre V12 Panhard-Levassor de 350 ch débute en
1919, mais Tellier tombe malade pendant l’été 1919. Il
doit se retirer à Grâce où il décèdera en 1928. Pendant
ce temps, Anselme Marchal, instigateur du projet
transatlantique se rend aux Etats-Unis où
malheureusement il y meurt brutalement de maladie le
27 juin 1921. Le Vonna, premier projet d’avion
transatlantique français après la guerre, tombe alors
dans l’oubli.
A sa mort, Tellier est élevé au rang d’officier de la
Légion d’honneur, avec la citation :
« Ingénieur constructeur de haute valeur,
qui a rendu des services particulièrement
signalés à l’aéronautique maritime. A
puissamment contribué à la Défense nationale
en créant un grand nombre de types
d'hydravions dont le rendement fut
particulièrement remarquable. Par ses
éminentes qualités d'organisateur, par ses
multiples inventions, par la valeur de ses
fabrications, a largement facilité l'essor de
l’aéronautique ».
Gérard HARTMANN
Signature d’Alphonse Tellier. (Musée de Biscarrosse).

Dans l'entreprise familiale de construction de bateaux à voiles et canots rapides, Alphonse Tellier vit la période pionnière de l'aviation. Les chantiers paternels fournissent à Victor Tatin " des plus lourds que l'air" ( aéroplanes, planeurs ) et à Charles Krebs, "des plus légers que l' air " (aérostats). Alphonse Tellier équipe ses coques à redan de moteurs et participent aux compétition du moment.

Le premier hydravion à coque le Donnet-Levêque A (1911)

Alphonse Tellier, au même titre que Denhaut, peut être considéré comme l’inventeur de l’hydravion à coque, même s’il ne l’a jamais revendiqué : durant l’été 1912, Louis Bréguet lui demande de construire une coque à nageoires pour un hydravion lourd de
haute mer, La Marseillaise. Construit à l’île de la Jatte, ce gros monoplan canard, un monstre de plus de 1 400 kg, capable certes de flotter, mais pas de voler, est le premier prototype d’un hydravion lourd militaire, tel qu’il en existera quatre ans plus tard. La
Marseillaise est exposée fin 1912 au Grand Palais à Paris, au 4e salon de l’aéronautique à côté du Donnet- Lévêque, le premier hydravion à coque ayant volé correctement.

source

C'est cette technologie qui a inspiré Y. Parlier pour équiper son Catamaran de coque à redan qui permettent aux hydravions de décoller et d'amerrir à grande vitesse. Elles permettent d'obtenir un appui dynamique sur l'eau et de faciliter le déjaugeage des coques à partir d'une certaine vitesse. Enfin quand l’avion atteint au planning une vitesse bien supérieure, il décolle sans effet de « ventouse » des coques. Elles évitent également les coups de frein lors des phases de décollage et d'amerrissage. La vitesse de ces coques n'est pas limitée. Des hydravions décollent à plus de 250 km/h et des catamarans à moteur, utilisant des coques à redans, atteignent, en pointe, les 260 km/h.

Tous les multicoques d’aujourd’hui fonctionnent grâce au principe d’Archimède quelle que soit leur vitesse. La résistance à l’avancement des coques archimédiennes croît avec le carré de la vitesse, bloquant l’accès à des vitesses moyennes de 40 à 50 nœuds.

Les deux positions de la coque à redan à vitesse croissante

 

 

 

Hydroplaneur d'Y. Parlier avec ses deux mats offre 4 fois moins de résistance et 10 fois moins de surface immergée qu'un Catamaran de même taille.

Source

Ainsi , les progrès apportés à la construction des canots par le redan a été transféré à l' hydravion. Puis, les propriétés de l'hydravion ont ét transféres de nouveau sur les deux coques du catamaran.


 

 

 

   

 

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