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Des poinçons d'orfèvres aux caractères mobiles d' imprimerie

Johannes Gensfleisch dit Gutenberg

On savait reproduire dès le XIVème siècle en Europe par xylographie une figure avec texte sur du papier. Mais les manuscrits produits manuellement restaient longtemps rares et chers. . Cette technique était connue hors d'Europe: par xylographie, un petit rouleau boudhique, le Dharami-Sutru a été imprimé en Corée dès 751. Le graphisme sur le support est alors obtenu par pression et non plus par frottement ou entaille. Améliorant le procédé, Bi heng, en 1041 inventait les caractéres mobiles en argile durcie. Les caractères d'argile puis de métal dès 1392 peuvent être conservés puis recomposés. Indépendamment de cette technique, l'invention du caractére mobile en Europe est due à une coïncidence entre deux techniques connues de la gravure et de l'orfèvrerie.

Gutenberg,(env.1400-1468) orfèvre de son métier n'a, semble-t-il, pas utlisé les xylographes mais les cartes à jouer lors de son invention de la typographie. Il écrit à un frères cordelier(1):

"Vous avez vu comme moi des cartes à jouer et des images de saints ... Ces cartes et ces images sont gravées sur de petites pièces de bois, et sous les images on grave aussi des mots et des lignes entières ...On applique sur la gravure une encre épaisse; et là-dessus, on place une feuille de papier légèrement humide; ensuite on frotte et on frotte ce papier, cette encre, ce bois, jusqu'à ce que le dos du papier soit bien poli. On enlève alors le papier et on y voit l' image exactement comme si le dessin avait été tracé dessus, et les mots comme s'il y avaient été écrits.() Eh bien, ce que l' on a fait pour quelques mots et quelques lignes, il faut que j' arrive à le faire pour de grande page d'écriture, de grandes feuilles entièrement couvertes des deux cotés, pour des livres entiers, pour le premier de tous les livres, la Bible ... "

Dans la lettre suivante, Gutenberg cherche un procédé moins laborieux que le découpage des lettres de bois:

Toute pièce, toute médaille commence par un poinçon ...
 

Il décrit ensuite l' utilisation des poinçons par les graveurs pour la fonte des médailles et des monnaies. Il eut l'idée dès 1447 de les utiliser comme caractéres mobiles laissant leur traces d'encre sur du papier. Elles ne proviennent plus de plaques de reproduction de textes, utilisables une fois seulement. Elles sont le produit d'une composition d'unités à usage multiple. Par ce procédé, leur dissémination en est d'autant améliorée. Les phases de cette invention peuvent se résumer de la manière suivante :

Les poinçons pressent des figures sur un moule.

Du métal est fondu dans le moule.

Des figures sont inscrites sur monaies et médailles.

Si l'on remplace les moules de fonderie par du papier, on obtient : un moule = du papier.

Les poinçons pressent des figures sur un moule.

Les poinçons pressent des figures sur=du papier.

Moyennant quelques légères modifications, les poinçons d'orfèvres deviendront des caractères mobiles d'imprimerie.

Notons les légères modifications par un signe -analogue à celui utilisé pour indiquer l'élement manquant de la métonymie:.

Les poinçons - pressent des figures sur du papier.

Ces poinçons dont l'usage est connu en orfèvrerie, transposés dans le domaine de l'imprimerie prennent le nom de caractères mobiles. poinçons=caractères. Combler l'espace vide représenté par - revient à écrire:

Les poinçons-=caractères pressent des figures sur du papier.

Quant au frottement des caractères mobiles sur du papier à la manière de l'impression des cartes à jouer, il sera remplacé par la presse à vin. Gutenberg écrit :

 

J' ai pris part au vendanges. J' ai regardé couler le vin et remontant de l' effet à la cause, j' ai étudié la force de cette presse à laquelle rien ne résiste.

Est-ce l'origine de la presse utilisée par Johannes Genfleisch zum Gutenberg ? En tous cas, s'il ne peut pas historiquement être considéré comme l'inventeur de l'imprimerie, il a eu le mérite d'avoir fait la synthèse de plusieurs techniques, telles la création d'un alliage au lieu de bois pour la fabrication de caractères mobiles et multipliables par moulage, la mise au point de la presse à vis et de l'encre grasse à base d'huile de lin et de suie de résineux. On a là l' exemple d' un double transfert de technologie qui amène la révolution que l' on sait.

(1) Extrait de " L'Histoire de l' imprimerie par les monuments " de Höfer (1840) cité par A. Koestler, dans "Le Cri d' Archimède " et aimablement communique par P Dubois mentionnant que l'ouvrage de Höffer cité par Koestler a, selon Bechtel, toute chance d'être apocryphe.

Liens :

http://membres.tripod.fr/Gutenberg/sommaire.html

http://frcom.com/FC/Offset_hist.htm

 

 

Enluminure de la Bible de Mayence

 

 

 

 

Transfert de technologie