|
La science, comme tout discours spéculatif sur la réalité, produit du sens à l'aide d'organisations signifiantes. Ses énoncés, à l'idéal, sont valides hors de la situation d'observation et indépendante de l'observateur. Pour les produire, les savants extraient de la réalité les objets (géométrisation) pour les définir selon des critères bien précis et établissent entre les caractéristiques de ces objets des relations ( en particulier de cause à effet ) : ils enrichissent de cette façon le corpus de la branche de connaissance de leur domaine. Ainsi, jusqu'à récemment, les astronomes distinguaient entre astéroïdes et comètes :
-
Les astéroïdes sont de petits corps faits de roches accrochés à leur ceinture principale entre Mars et Jupiter. Les astéroïdes eux-mêmes sont désignés plus précisement:
- les astéroïdes proches (NEA ou Near-Earth Asteroids) ont une distance périhélique inférieure à celle de Mars, soit 1,300 UA.
- les astéroïdes qui frôlent la Terre (EGA ou Earth-Grazing Asteroids) ont une distance minimale à l'orbite terrestre inférieure à 0,100 UA, soit approx 15 MK
- les astéroïdes potentiellement dangereux (PHA ou Potentially Hazardous Asteroids), avec H < 22,0 (soit plus de 130 mètres de diamètre moyen)
-
Les comètes sont généralement des boules de glaces situées à plus grande distance de la Terre, au delà de Neptune dans la ceinture de Kuiper ou dans le nuage de d'Oort. Les comètes, aux orbites allongées sont caractérisées par leur chevelure faite de particules de gaz et de poussières, vaporisée par la proximité du Soleil.
Cette distinction entre astéroïdes et planètes fait intervenir les organisations signifiantes à deux niveaux :
- le premier est purement descriptif qui désigne les différents astéroïdes et les comètes par leur nom.
- A un deuxième niveau, des organisations signifiantes viennent préciser les attributs des objets désignés.
Qu' arrive-t-il lorsqu'une observation vient déranger la classification des objets scientifiques désignés ? Deux astronomes américains viennent, par exemple, d'observer un objet sur une orbite circulaire stable dans la ceinture principale ce qui le rangerait dans la catégorie "astéroïde" s'il ne possèdait pas une queue de poussières et de glaces vaporisées par le rayonnement solaire comme les comètes ? De la même façon, la comète périodique baptisée Elst-Pizarro après sa découverte en 1996 faisait partie, selon les spécialistes, de la famille Thémis. Sur les plaques photographiques de 1939, le même objet apparait d'ailleurs comme un astéroïde. En 1996, la couche opaque qui la recouvrait a, au dire des spécialistes, été brisée pour faire apparaître une activité comètaire.
Les distinctions ci-dessus parlent aux astronomes qui, ainsi, peuvent interprèter les photos prises lors des observations (fig 1). Aux objets figurant sur la photo, ils font correspondre les noms des objets en gardant à l' esprit leurs caractéristiques. Le profane, au contraire, ne parvient pas à les mettre en relation. Le sens de la photo sans objets désignés lui échappe. Il peut encore moins, à l'évidence, détecter les anomalies exigeant des explications nouvelles. Percevoir les anomalies, suppose, en revanche, de pouvoir faire abstraction des désignations fixant à chaque objet des caractéristiques fixes. C' est mettre ses perceptions en perspective en se soustrayant un instant aux sentiers battus tracés par les organisations signifiantes connues. Dans un paysage de neige, par exemple, il est tentant de ne voir que la surface blanche évoquée par le mot "neige". Savoir que les Inuites y distinguent plus de 50 sortes de neige à l' aide de mots différents risque cependant d'ouvrir les yeux sur des caractéristiques ignorées de la neige. S' approprier à l'aide de mots, des angles de vue différents est l'abc du processus de découverte.
La désignation scientifique peut cependant être peu féconde : ainsi,
Mike Brown de l'Institut de technologie de Californie (CalTech), l’un des auteurs de la découverte de l'objet céleste 2003 UB313 en juillet 2005 a soulevé une polémique sur la nature de l' objet composé, comme Pluton, de glace et suivant une orbite très excentrique : s' agit-il d'une planète ? La réponse dépend essentiellement des critères retenus pour désigner une planète ! Pluton, bien que "naine" a été un moment élevée au rang de 9ème planète du système solaire.

Mais les quelque 2500 astronomes de la 26° assemblée générale de l'Union astronomique internationale (UAI - Prague - 14 au 25 août 2006 ) ont décidé de déchoir Pluton de son statut de planète : le Système solaire ne compte plus désormais que huit planètes !
Sources Découverte d'une nouvelle famille de comètes
LE MONDE| 24.03.06 |
La saga du cosmos retour à "questionnements" retour à "Découvertes scientifiques" |
|
|