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Une anomalie apparaît par hasard

"Le hasard dans les découvertes scientifiques ne sourit qu’à ceux qui y sont préparés "(Pasteur).

 

Si la repsentation traditionnelle de la création artistique fait intervenir les conïcidences de l' inspiration et d'une compétence, savant et inventeurs, en revanche, sont supposés ne rien laisser au hasard et travailler selon un processus rationnel et logique. Pourtant, nombreuses sont les inventions ou les découvertes qui, tout au moins en apparence, sont dues à une série d'évènements fortuits.

 

Ainsi, bien des bactériologistes, sans doute, ont cultivé le Penicillium notatum, mais une série convergente d'événements appelée hasard a donné l'occasion à A Flemming d'observer ses propriétés bactéricides. De la même façon, c'est un oubli d'une plaque photographique dans un tiroir qui permet à H Becquerel de découvrir les rayons uraniques ( radioactivité). En fait, l'effet de hasard qui donne à bien des découvertes leur aspect magique n' est possible que par l' ouverture d' esprit des créateurs. Qui aurait pensé avant I. Newton qu'une pomme et la terre s' attirent mutuellement et obéïssent aux lois de la gravitation ?

La notion de hasard appartient à la pensée scientifique classique qui cherche à établir des liens de causalité entre les phénomènes observés. Ces liens présupposent une stricte objectivité entre l' objet d' observation et le sujet observant énonçant des lois dont la validité est indépendante des conditions d'observations et de lui-même. Cette causalité ne pose pas problème si** :

- les deux évènements ou objets sont distincts l'un de l' autre comme le choc de deux boules de billard ( à la différence de deux anneaux de fumée ou de protons).

-Une force ou influence s'écoule d'un corps ou d' un évènement à l' autre.

-Le temps se déroule entre la cause (passé) et la conséquence (présent).

Il existe visiblement des objets auxquels cette notion de causalité s'applique plus difficilement. Nos pensées, par exemple, ne sont pas des objets bien distincts. Le temps psychologique est également très différent du temps physique qui préside au choc de deux boules de billard.

En physique moderne, les particules, objet de certaines expériences, ne sont connues que par "leur probabilité de présence ". Le physicien ne connait ces particules que comme s'il appréhendrait le choc de deux anneaux de fumée. En dehors de l'expérience, ces anneaux n'existent pas. La validité des énoncés n'est alors que statistique. Dans ce dernier cas, on parle plus de synchronicité que de hasard. La subjectivité de l'observateur fait alors partie intégrante de l' observation. Les phénomènes sus-cités, sous cet angle, apparaissent alors non pas comme une série convergente de hasards mais comme un moment "synchrone ". La question à leur sujet n' est plus comment la chaine causale a pu se développler jusqu'à une observation incluant l' observateur mais comment la subjectivité de l' observateur a pu percevoir une synchronicité entre les éléments constituant l' observation.

On remarquera également que la visibilité du hasard dans les découvertes est due au contact direct des savants ou des inventeurs avec la réalité : une anomalie connue par hasard reste à expliquer avec cette idée qu'en connaissant les causes de cette anomalie, on pourra agir sur les effets.

Il est imposssible d'évoquer le hasard sans faire allusion au terme anglo-saxon de "serendipity" que l'on peut traduire par " heureuse coïncidence ". Le terme "serendipity" fait référence à un conte "Les pérégrinations des trois fils du roi de Serendip d'Amir Khusrau," où Serendip est l' actuel Sri-lanka. Les trois frères. passèrent sur les traces d'un chameau. L'aîné observa que l'herbe à gauche de la trace était broutée mais que l'herbe de l'autre côté ne l'était pas. Il en conclut que le chameau ne voyait pas de l'oeil droit. Le cadet remarqua sur le bord gauche du chemin des morceaux d'herbes mâchées de la taille d'une dent de chameau. Il réalisa alors que le chameau pouvait avoir perdu une dent. Du fait que les traces d'un pied de chameau était moins marquée dans le sol, le benjamin inféra que le chameau boitait.
Tout en marchant, un des frères observa des colonnes de fourmis ramassant de la nourriture. De l'autre côté, un essaim d'abeilles, de mouches et de guêpes s'activait autour d'une substance transparente et collante. Il en déduisit que le chameau était chargé d'un côté de beurre et de l'autre de miel. Le deuxième frère découvrit des signes de quelqu'un qui s'était accroupi. Il trouva aussi l'empreinte d'un petit pied humain au près d'une flaque humide. Il toucha cet endroit mouillé et il fut aussitôt envahi par un certain désir. Il en conclut qu'il y avait une femme sur le chameau. Le troisième frère remarqua les empreintes des mains, là où elle avait uriné. Il supposa que la femme était enceinte car elle avait utilisé ses mains pour se relever.
Les trois frères rencontrèrent ensuite un conducteur de chameau qui avait perdu son animal. Comme ils avaient déjà relevé beaucoup d'indices, ils lancèrent comme boutade au chamelier qu'ils avaient vu son chameau et, pour crédibiliser leur blague, ils énumérèrent les sept signes qui caractérisaient le chameau. Les caractéristiques s'avérèrent toutes justes.
Ce conte montre assez comment l' on peut déduire d'observations d'évènements apparemment fortuits, des faits indubitables. L'histoire des sciences regorge d' exemples de découvertes liées à une heureuse coïncidence. Ainsi le physicien danois Hans Christian Oersted (1777-1851) prépare-t-il une expérience en 1820 devant ses élèves pour démontrer l' action calorifique du passage d' un courant électrique dans un fil.


Une aiguille aimantée placée à proximité est alors déviée. Dans son ouvrage*** : "Experimenta circa effectum Conflictus Electrici in Acum Magneticam", il note :

.... Il est suffisamment évident, d'après les faits précédents, que le conflit électrique (de nos jours, depuis Ampère, le courant ) n'est pas enfermé dans le conducteur lui-même, mais est dispersé dans son environnement proche. Il est aussi évident que les forces de ce conflit électrique sont circulaires car en l'absence d'une telle hypothèse, il paraîtrait impossible que le courant  puisse faire tourner l'aiguille aimantée vers l'Est quand elle est placée en dessous du fil  et vers l'Ouest quand elle est placée dessus. ..."

Cette mise en évidence fortuite de la relation entre électricité et magnétisme, même si les mêmes observations avaient été faites 18 années auparavent par Domenico Romagnosi, suscite  les travaux ultérieurs sur l'électromagnétisme.

A cette heureuse coïncidence où le savant trouve ce qu'il ne cherchait pas, il faut ajouter

    • d'autres inventions où, par accident, l'on découvre ce qu' on cherchait pas: c' est la cas de la Péniciline.
    • D'autres découvertes "par hasard " concerne les applications comme celle du four à micro-ondes à partir du magnétron.
    • Enfin, les découvertes concernent l'idée ou un principe transposable à d' autres domaines comme l'adhérence des poils de la bardane appliquée à l' invention du Velcro.En 1669, l'alchimiste Hennig Brand espérant fabriquer de l'or dans sa quête de la pierre philosophale faisait évaporer de l'urine, chauffait le solide obtenu dans un flacon fermé : par hasard, il a isolé l'élément phosphore. Outre l'importance du hasard dans le processus de découverte, on peut y voir les effets bien réels d'une recherche hasardeuse et "mystique" de la Pierre Philosophale (Lapis philosophicae)
    • En 1856, William Henry Perkin avait pour objectif de synthétiser la quinine, pour traiter la malaria. Obtenant par hasard un précipité noir à partir de l'aniline et l'a dissous dans l'alcool. Il a obtenu un liquide violet qui lui a semblé particulièrement efficace et stable pour teindre la soie.
    • Au cours de la première guerre mondiale, les médecin soignant les victimes d'une exposition au gaz moutarde diagnostiquaient un manque de globules blancs. Ils ont eu l'idée d'un traitement chimiothérapeutique de certains lymphomes par la chloréthazine très voisine du "gaz moutarde".
    • En 1938, le chimiste allemand Otto Hahn, essayait de créer des atomes lourds en bombardant de neutrons des atomes plus légers. Il espérait que les neutrons seraient absorbés dans les noyaux des atomes visés en les agrandissant. Au lieu de cela, il a découvert qu'il avait créé plusieurs isotopes de Barium, qui étaient beaucoup plus légers que l'uranium. Les neutrons n'ont pas été absorbés, mais ont plutôt séparé les noyaux. Otto Hahn venait de découvir la fission atomique

Le hasard embellit aussi la légende !

La contribution du hasard,d'autre part, contribue à rendre magiques bien des inventions : ainsi la légende du Roquefort veut qu'un berger de la région du Causse charmé par une belle fille abandonne pour la suivre son caillé de brebis et son pain dans une petite grotte à l' abris de la chaleur. Plusieurs jours plus tard, affamé, il retrouve son pain et son caillé couvert de moisissures. Il craint alors ne pas pouvoir le manger : mais, Ô surprise ! le fromage sur le pain est délicieux. Le Roquefort, selon la légende, était né.

Sources

Serendipity

*CG Jung. Préface du YI KING livre des mutations(édition anglaise 1949)

http://daojia.free.fr/philo/jung.htm

** F. David Peat, Synchronicité, le pont entre l'esprit et la matière, Editions Le Mail, 1988.

 

*** H. C. Oersted, Experimenta circa effectum Conflictus Electrici in Acum Magneticam (expériences sur l'effet d'un courant électrique sur une aiguille aimantée) Copenhague 1820.

 

 

 

 

 

 

 

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