La photographie numérique se fait une place : le polaroïd s’ incline tandis que le stenopé renait de ses cendres !
lundi 5 mai 2008, par Jean-François Doucet
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Utilisons le "schéma de la marelle " pour examiner le processus. Le schéma comporte 4 aspects (l’ environnement, la situation, le processus créatif et l’invention dans le bouillonnement brownien d’innovation) :
La vision sur un support d’une image a déjà une longue histoire puisque les supports ont été aussi variés que la pierre, le papyrus, le cuir, la toile, le papier, le film et la mémoire digitale etc. Dès 4000 av JC, le philosophe chinois Mo Ti aurait décrit le principe du sténopé : des rayons lumineux passant à travers un petit orifice, projettent l’image réelle, mais inversée horizontalement et verticalement, d’un objet présent devant cet orifice.
Aristote au IVème siècle avant J-C, dans ses Problematica relatait le même phénomène : la lumière entrant par un petit orifice dans une pièce noire produit une image de l’extérieur de la pièce sur le mur opposé à l’orifice. Il notait également que cette image était inversée et que sa taille augmentait au fur et à mesure que la surface d’exposition s’éloignait de l’orifice. Il revient ensuite au savant arabe El Haitham (AlHazen, 965-1039), le mérite d’avoir traduit en équations les propriétés de la " camera obscura ".
Plus tard, au XVème siècle Leonard de Vinci, étudia en détail, la "camera obscura " et la comparera au mécanisme de la vision humaine.
Les supports de fixation de la lumière et sa direction sur le support ont alors variés au gré des progrès de la chimie et de l’ optique. Jusqu’à une date récente, la lumière de l’ultra-violet à l’ infra-rouge pouvait être fixée sur des films aux fines particules sensibles révélant l’ image par traitement chimique. Mais le développement du film (ou la révélation des plaques) obligeant à travailler dans l’ obscurité, prenait encore beaucoup de temps.
Avec le Polaroïd, [1] la révélation des impressions lumineuses de l’image latente, se réalise dans l’ appareil lui-même. De ce fait, il enthousiasme bien des artistes pour sa facilité d’ emploi, ses prises de vues sur le vif et l’estimation immédiate des résultats. Tous les photographes ayant développé eux-même leurs négatifs ont vécu la rêverie que fait naître l’ apparition de l’ image [2]. De plus, motif et image du motif, dans le cas du Polaroïd [3]. sont très proches mettant en relief l’interprétation du motif par le photographe et son appareil. Avec le Polaroïd, le monde de la photographie semblait parfait, les améliorations ne touchant plus que des détails de la chaîne de production des photographies désormais en couleur !
On doit alors au développement de l’électronique le saut technologique d’un autre procédé de fixation de la lumière : une onde lumineuse transforment les ions Argent (Ag+) en atomes d’Argent (Ag) émettant des signaux chimiques sur la pellicule qui forment ainsi une "image latente". A la moindre exposition à la lumière, cette image disparait mais est révélée chimiquement en chambre noire sous forme de négatif. Avec la photographie numérique, les éléments d’une mémoire électronique prennent le relai des fines particules photosensibles du film. L’appareil numérique, apparu en 1982, [4] signe la fin du film qu¨on appelle désormais argentique. Ainsi se termine la série de techniques à l’ origine d’ un certain type d’ image comme celle du daguerréotype, de l’ambrotype, et du ferrotype qui s’étaient maintenues dans toute l’histoire de la photographie.
De la prise de vue à l’ obtention d’une image, toutes ces techniques présupposaient une distance raisonnable à la fois dans le temps et dans l’ espace. Pour les sondes Voyager de la NASA, ou celles qui, une fois lancées ne reviennent pas, cette distance dresse un obstacle incontournable à la transmission des images. Substituant le film argentique au capteur CDD, la technologie spatiale permet d’analyser au sol les images prises par les sondes. Sur terre, pour le public des photographes, la Société Sony par transfert de technologie des appareils vidéos à la photographie, présente le 24 août 1982, le Mavica l(Magnétic Vidéo Camera). Les nouveaux appareils (MVC-FD5 et MVC-FD7) permettent de prendre et de stocker les informations sur une disquette 3.5, que l’on peut introduire dans un ordinateur pour un transfert immédiat. La photo n’a plus besoin d’être développée ; elle peut être projetée instantanément sur écran d’ordinateur et être utilisée comme n’importe quel fichier : retouchée, insérée dans un document, envoyée par courriel. Si le Polaroïd diminuait considérablement le temps de developpement, la naissance des appareils photographiques digitaux fait disparaître le temps de révélation des négatifs.
Tout se passe comme si l’ apparition et le succès de l’ appareil de photographie numérique
en discontinuité par rapport au développement linéaire des améliorations de la technologie provoquait la disparition de la photographie argentique, mais suscitait également la résurgence de technologies oubliées comme celle du sténopé.
Sa résurgence vient se glisser dans la béance laissée par la disparition de technologies devenues inappropriées de telle sorte que le choc des inventions semble être un bouillonnement brownien d’innovations.
Sources Histoire de la photographie
[5].
[1] Crée en 1937, la compagnie américaine Polaroid a annoncé, le 8 février 2008 , l’arrêt de la fabrication de tous ses films instantanés
[2] Une technique de dessins opère de la même manière en laissant "surgir du papier " le dessin, le dessinateur se laissant travailler par la création se mettant dans une attitude activement réceptive sur le film
[3] C’est en 1948 aux Etats-Unis, qu’apparait le Polaroïd, invention d’Edwin Land qui donna une épreuve sépia en 60 secondes
[4] Il s’agissait du MAVICA de Sony. Equipé d’un capteur CCD de 279 300 éléments au silicium (pixels), l’appareil enregistrait les informations sur un mini disque magnétique (le Mavipak). ). capables de stocker 50 photos RGB en 570X490 pixels, une sensibilité de 200 ASA, 3 objectifs interchangeables. Vous pouviez déjà visualiser directement vos photographies sur un téléviseur (en insérant la disquette dans un lecteur adapté : le Viseur Mavica et en attendant environ 6 minutes pendant lesquelles l’image s’affichait ligne par ligne) ou les sortir sur une imprimante thermique spécialement développée pour le Mavica, la Mavigraph. Un système permettait même d’envoyer les photos via la ligne de téléphone
[5] Le Monde du 1 mars 2008 page 3