J.D. Watson et F. Crick jouent avec les modèles moléculaires comme les enfants au puzzle
Acceptation par un public scientifique d’ une réponse à une question vieille comme le monde
dimanche 2 décembre 2007, par Jean-François Doucet
Toutes les versions de cet article :
Est-ce l’ effet de la jeunesse des 2 chercheurs (J.D. Watson a 23 ans et F. Crick 36 ans ) ? En tous cas, l’ aspect ludique de la découverte de la double hélice de l’ ADN n’échappe à personne. Jeu d’ enfants, certes, mais jeux intellectuels des plus sérieux, il a fallu que J. D. Watson remette en cause tout d’ abord une idée admise dans les milieux de recherche de l’époque que les protéïnes étaient le siège de l’hérédité. Ensuite, il leur fallut glaner de-ci de là, les pièces d’ un véritable puzzle.
Les pièces du puzzle
Outre la structure en hélice mise à la mode par L. Pauling lors de ses travaux sur la structure secondaire des protéïnes, J. D. Watson et F. Crick disposaient des éléments suivants :
.- la composition chimique de l’ADN (désoxyribose, bases azotées, et groupements phosphate) ;
. les clichés de diffraction aux rayons X d’ADN cristallisé, clichés [1] dus principalement à Rosalind Franklin et Maurice Wilkins du King’s College. Ces clichés montrent une figure en croix, caractéristique des structures en hélice
.-les travaux de Erwin Chargaff démontrant que pour toute molécule d’ADN, le nombre de molécules d’adénine est égal au nombre de molécules de thymine, et que celui de cytosine est égal à celui de guanine ;
.- les analyses de microscopie électronique montrant que le diamètre de la molécule d’ADN est de l’ordre de 20 Å. Cette dimension suggérait deux chaînes de désoxyribose-phosphate pour cette molécule.
On doit au génie de J.D. Watson, F. Crick et M. Wilkins d’ avoir assemblé ces éléments pour les mettre en relation avec la transmission de l’information génétique alors que les autres protagonistes de la découverte même après des années de recherches n’étaient pas parvenu à cette vue synthètique de la reproduction des gènes.
Dans " La double hélice ", récit autobiographique, J. D. Watson présente son cheminement vers la découverte comme la poursuite d’ un même objectif à travers les péripéties pécuniaires ou institutionnelles de son périple européen. Pas l’ ombre d’une intervention "magique" du hasard comme pour la découverte de la Penicilline, ni de rêves prémonitoires comme pour celle du benzène encore moins de transfert de technologies d’un corps de métier (Genfleisch dit Gutenberg était orfèvre ) à un autre comme pour l’invention de la typographie ! Tout au plus, l’intuition de la forme hélicoïdale de la molécule d’ADN fixe-t-elle l’ attention de J. D. Watson sur tous les escaliers en spirale de son environnement. En lieu et place des ingrédients habituels des innovations, lors des jeux de forces constructrices et destructrices, le récit présente un patient assemblage d’idées nourries par des intuitions consolidées en chemin, guidé par une réfutation d’idées admises par le milieu aboutissant à une expérimentation ludique sur des modèles moléculaires à la manière des enfants assemblant les pièces de méccano. A cet égard, la découverte, très souvent soutenues par des motifs esthétiques est semblable à la composition d’ une oeuvre d’art. Sous un regard contemporain, l’hélice représentant l’ ADN est une merveilleuse installation.
Tout s’est passé comme si la génétique dans sa marche pour maîtriser le vivant avait eu le soin d’ accumuler une série d’éléments dans différents laboratoires. La curiosité de quelques savants les organise ensuite en une organisation signifiante nouvelle - l’hélice représentant la molécule d’ ADN - pour sussurer à l’ oreille du monde scientifique ce qui se trouvait au bout des lèvres de certains savants. Une fois mise en oeuvre, cette synergie a engendré un siècle au moins de conséquences scientifiques.
[1] Photo 51 qui, semble-t-il, à l’ insu de son auteure a été communiquée à Watson & Crick par Maurice Wilkins