Une aptitude d’agir (et de parler) " in absentia " ferait de l’homme un animal inventif ?
mardi 21 novembre 2006, par Jean-François Doucet
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Les traces laissées par nos ancêtres laissant supposer bien des situations nouvelles auxquelles ils ont su faire face, nous interrogent : Quelle propriété de l’ esprit humain a permis à l’homme depuis son origine de s’adapter à un environnement souvent hostile ?
Bien des espèces animales ont une certaine maitrise du milieu où elles évoluent : les abeilles, par exemple, génétiquement réparties en ouvrières et reines reproductrices communiquent à leurs consoeurs par la gestuelle de la " wagging dance " distance et orientation d’un champ de butinage par rapport au soleil. De la même manière, les fourmis jalonnent leur chemin de charroi de "phéronomes ", substances chimiques servant de support à l’ activité des fourmis orientée vers un but. Plus près de nous, les grands singes utilisent des brindilles pour capturer des fourmis ou égrainer des fruits. Ils se servent également de feuilles pour se protéger des plantes urticantes et se fabriquent des coussins pour s’asseoir au sec. Ils confectionnent aussi des tongs en branches pour grimper aux épineux et utilisent des sondes pour pêcher. Dans certaines régions, ils manient même des marteaux et des enclumes de pierre pour casser des noix, et les parents apprennent ces techniques aux petits.
Dans le monde animal, la compréhension d’interactions complexes n’est, par conséquent, pas le privilège de l’homme.
Cependant Homo habilis cessant d’ emprunter ses instruments à son environnement fabriquait ses premiers outils véritables, les Choppers dans un but bien particulier.
Ce faisant, il se montrait capable de s’ abstraire d’ une situation donnée pour en envisager une variante similaire de manière à transposer une expérience antérieure à un environnement tout ou seulement partiellement nouveau. Ramasser un gallet pour casser des noix n’ est pas tellement différent du transport d’une brindille par une fourmis. Mais lorsqu’un hominidé comme Homo ergaster taille un silex en forme de biface ou de hachereau, il met en relation l’idée d’outil ( inexistant) avec un objet comme la pierre d’où le biface sortira. Il y a nécessairement anticipation qui suppose une mise en image (imagination)
Il montre ainsi qu’il peut concevoir son outil hors de la situation dans laquelle il le fabrique.
Homo habilis
Plus généralement, on peut alors parler de nouveauté ou d’ innovation lorsqu’ une technique peut s’ extraire d’une situation précise pour s’ appliquer à une autre. Une lance alors peut, hors d’ une scène de chasse où elle transperce le gibier servir lors d’ une scène de guerre pour transpercer l’ennemi. On a l’ analogie
Homo erectus
Lance ------ Gibier
Lance ------ Guerrier
où l’ ennemi est assimilé à un gibier.
Homo sapiens
On a souvent attribué cette faculté de produire des analogies à notre faculté de parler. Ce faisant, évolution technologique et performance linguistique étaient étroitement liées. Mais il n’ est pas certain que la maitrise de situations complexes nécessite un langage articulé. Peut-être le mimétisme suffit-il à transmettre d’ un individu à l’autre les informations nécessaires à une action coordonnée ( chasses, cueillette) puis d’une génération à une autre des techniques mises au point empiriquement. Qui ne s’ est pas étonné devant un enfant capable d’ agir sur son environnement en fonction d’ un but qu’il se fixe avant même de savoir parler ? Peut-être notre faculté de transposer d’une situation à l’ autre des techniques analogues a-t-elle son équivalent dans la possibilité donnée par le langage de produire des analogies ? En tous cas, de cette propriété dépend pour une large part, la capacité de l’homme à faire face à des situations nouvelles. Sachant avec ses semblables nouer des conventions sur la réalité -appelant ainsi un " chat " un chat - comme autant d’arrangements "à l’amiable " susceptibles de toutes les variations culturelles, l’ homme sait fort bien que tous ne voient pas les chats gris la nuit. Il peut alors mettre à profit cette particularité du langage humain de pouvoir à l’ aide des mots et dans des circonstances particulières réorganiser nos perceptions de la réalité pour en créer de nouvelles, mieux adaptées.
voir aussi "L’homme préhistorique était-il inventif parce qu’il savait parler ?"